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Mektoub, My Love : Canto uno par Mogadishow

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Posons ça ici tout de suite : j'ai beaucoup aimé l'Esquive et la Vie d'Adèle. Ce qui va suivre n'est donc pas le ressenti bas de plafond d'un connard qui pense que le cinéma d'auteur français est barbant et que c'est dommage que Les Tuches ne soient pas récompensés aux Césars. Mais faut bien avouer que je ne comprends pas du tout l'avalanche de louanges déversées sur le dernier Kechiche (sans avoir l'impression d'être un demeuré à une expo d'art contemporain ou à un opéra allemand non plus hein).

Après la Vie d'Adèle, Kechiche poursuit donc son travail d'érotisation du corps féminin (d'objectification diront les plus hostiles au cinéaste) avec ce Mektoub My Love interminable (2h50 is the new 1h40). Les plans insistants sur les culs et les cuisses des héroïnes façon clip de Booba intello se succèdent aussi vite que les centimètres de tôle froissée dans un Fast & Furious, avec pour prétexte la mise en scène du désir et de la frustration chez Amin, le personnage principal, incarnation humaine de Casper le fantôme : omniprésent, mais transparent. Le pauvre trimballe son air mi biche apeurée mi imbécile heureux pendant tout le film, là où la plupart des mecs auraient posé un tourniquet devant leur bite avec une gueule comme la sienne.

En plus d'être inintéressant voire borderline tête à claques par moments, le personnage est également desservi par le naturalisme caricatural de Kechiche (il nous refait le coup des spaghettis sauce tomate au coin des lèvres comme allégorie des classes populaires, le lourd) qui semble avoir laissé la part belle à l'improvisation. Résultat, des dialogues d'une vacuité abyssale dégueulés comme s'il fallait occuper l'espace sonore en permanence.

C'est simple : imaginez le pote le plus relou de vos 20 ans qui revient vous raconter exactement les mêmes histoires de cul qu'à l'époque (et pour le cul c'est une image hein, on sait tous que c'était plus souvent "machin a dit ci, bidule a dit ça, est-ce que tu crois que je lui plais ?" puis généralement le mec répondait lui-même à sa question dans une tentative d'auto-persuasion qui vous donnait envie qu'il s'auto-combustie devant vous, sur le champ). Et ben Mektoub My Love c'est exactement ça mais en mal joué. On en profitera pour rappeler à Kechiche cette phrase de Jamel Debouzze : l'improvisation, ça nécessite beaucoup de travail (et ça lui aurait évité les anachronismes dans les dialogues).
C'est d'autant plus dommage que Kechiche s'est donné la peine de composer une galerie de personnages multiples rarement vus au cinéma, en particulier ses personnages féminins. On notera au passage que ce sont ces femmes qui ont le pouvoir et que par conséquent, les accusations de misogynie, qui ne manqueront pas de pleuvoir sur le film, n'ont pas vraiment lieu d'être.

Des bribes de l'incontestable talent de metteur en scène de Kechiche apparaissent cependant par ci par là, uniquement dans des scènes sans dialogues : une scène de cul au début du film, une séquence de danse filmée en corps à corps dans un bar de Sète, la mise bas d'une brebis. Le reste n'a pas grand intérêt.

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