Sombre nerd

Avis sur Pixels

Avatar guyness
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Une bonne blague a besoin de trois facteurs pour bien fonctionner.

1) une base un minimum cohérente. Les histoires qui commencent par "c'est Dédé le curé qui part sur la lune pour trouver un dromadaire…" ont intérêt a être sacrément savoureuses et absurdes pour accrocher jusqu'au bout.
2) un narrateur avec un peu de talent. Qui raconte son histoire sans trop d'approximations, de trous de mémoire, ou de retours en arrière hasardeux. On a tous connu le jeune enfant (ou l'oncle bourré) qui s'est lancé dans l'exercice sans une préparation suffisante.
3) une chute inattendue. Rien de pire que de deviner la fin dès l'accroche.

Et ben croyez-le ou non, mais l'équipe crétine qui a présidé à la confection de ce malheureux projet s'est plantée dans les trois domaines. Une gageure.

En matière de S.A.V., jusqu'à un certain nombre de pixels morts, les fabricants refusent de prendre en charge la réparation d'un écran. Selon la marque et l'objet, cela va de 1 à 5 pixels.
Mais quand c'est l'intégralité de l'image qui est concernée, dans quelle mesure et sous quelle forme pouvons-nous exiger un remboursement ?

Reprenons point par point les errements grotesques de cette comédie pathétique d'un triste été.

1) La base
Les âmes damnées qui ont imaginé ce script sont partis de ce postulat stupide: c'est une comédie, donc faisons n'importe quoi.
Par exemple, les copains qui participaient au championnat du monde de jeux vidéos de 82 continuent à se côtoyer en 2015, alors que l'un est président des état-unis et l'autre (Sandler) installateur "geeeeek, LOL" d'appareils électroniques. Et quand on suit ce dernier au cours de sa première intervention, c'est chez une mère célibataire triste qui se révélera être, dès la scène suivante, un des grand pontes de l'armée américaine que Sandler retrouvera à la maison Blanche, puisqu'il s'y rend, vêtu de son uniforme orange, quand son pote président l'appelle.
Ceci n'est qu'un avant-goût de la stupidité absolue de cette non-histoire, qui durera les 1 heure et 45 pénibles minutes du film.
OK, c'est tout naze, mais si c'est raconté avec un minimum de talent, pourquoi pas ? C'est Chris Columbus après tout. Le gars connait son affaire.

2) Le narrateur
C'est la désolation totale. Si je n'ai jamais tenu Chris est très haute estime, j'en suis néanmoins arrivé à la conclusion qu'il avait surement accepté de servir ici de prête-nom. Ou alors il a sabordé son affaire sciemment, pour une raison obscure liée à son contrat. Rien, en effet, dans la mise en scène ne vient relever un catalogue de personnages ineptes servis par des dialogues d'une lourdeur démoniaque

-attrape mon marteau surpuissant !

-ça fait longtemps que tu rêvais de me dire ça, hein ?

(qui, à part un boutonneux bas du front, entre 12 et 13 ans, peut être sensible à ce genre …d'humour?)
et une interprétation sans une once d'envie (pauvre Peter Dinklage).

3) La chute
Oh, je ne parle pas de celle du film, qui ne fait aucun doute, et qui ne constitue pas l'enjeu du film.
Non, ce sont juste les chutes de punchlines, qui tombent toutes à plat, avec la régularité et la rectitude d'une machine-outil teutonne.
Pour vous donner une idée simple de la catastrophe industrielle qui a servi de scénario à cette tragédie en forme de film, il vous suffit de jeter un œil sur la bande-annonce. Voyez le gag avec le professeur Iwatani et sa créature, le PacMan. Dès la première micro-seconde, on a anticipé la chute et on se dit qu'un détournement est obligatoire pour venir sauver la scène du naufrage de désuétude annoncé. Et non. Ça finit bien comme prévu, dans une consternation de bon aloi. Sous cette avalanche de platitudes attendues, on a la nette impression de se faire éculer. En tout cas, quand tu sors de la, Tetriste.
(oui, c'est pas meilleur que ce que je dénonce, mais moi au moins, je ne vous fais pas payer)

Pixels est symptomatique d'Hollywood en 2015. Une super idée de départ qui se suffisait amplement en 2mn35, étirée sans talent ni autre envie que celle de remplir les pots de popcorns à l'entrée des multiplexes.
Eddie le "carboniseur" (Dinklage, donc) est confondu pour avoir triché aux jeux grâce à sa connaissance des cycles utilisés par les programmateurs (faudra d'ailleurs m'expliquer comment la lecture immédiate d'une formule peut aider à éviter dans la seconde qui suit un tonneau virtuel). En matière de cycle, on aimerait connaitre la fin de celui (interminable) des navets blockbustés, pour pouvoir enfin se rendre en salle avec sa progéniture sans redouter une nouvelle étape dans la dégradation du film d'entertainment.
En tout cas, j'attends toujours mon trophée (sous forme de Q-Bert ou de Lady Lisa, je m'en tape) pour avoir survécu à cette épreuve.

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