There will be some love.

Avis sur The Master

Avatar Boubakar
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Le précédent film de P.T.A. étant un de mes films préférés, autant dire que je partais avec un immense enthousiasme en allant voir son nouvel opus. A la sortie de la salle, j'en suis ressorti comblé, car The Master est un film très impressionnant, et qui dit bien plus de choses sur ce qu'on appelle les âmes brisées, ou les traumatisés après-guerre.

Le film repose sur un ancien Marine, mais qui ne parvient pas à s'adapter à la société de retour de la guerre. Il erre de petits boulots en petits boulots, mais il est fragile psychologiquement, collectionne les petits coups d'un soir, et est alcoolique. Sa rencontre avec Lancaster Dodd, sorte de gourou de La cause, une secte, va le bouleverser dans son for intérieur.

Porté par des interprétations exceptionnelles (on ne dira jamais assez à quel point Joaquin Phoenix effectue un come-back extraordinaire, quatre ans après sa supposée fin de carrière), le film montre comment pouvaient se récupérer des soldats dits fragiles, qui ne pouvaient pas vivre dans un monde en paix. Dans le personnage incarné par Phoenix, nommé Freddie Quell, tout y est ; l'agressivité, la rage, la solitude, le manque d'attaches, son apparence physique assez étrange (il parait plus vieux que ce qu'il parait être), et ce qui est frappant, c'est sa démarche, toujours voutée en avant, avec les mains sur les hanches, comme si il restait dans un mouvement guerrier. A noter que pour ce film, Joaquin Phoenix a perdu près de 15kgs, et cette apparence presque décharnée joue aussi car cela lui donne une impressionnante maturité.

Lancaster Dodd, dont on dit qu'il est inspiré par le créateur de Scientologie, va rester en conflit perpétuel avec Quell, mais entre eux se crée un lien étrange, qui ne sera jamais vraiment rompu, mais quoi qu'il arrive, ils sont comme deux aimants. Mal positionnés, ils se séparent, et quand Dodd manipule suffisamment Quell, il lui revient, car il est le seul port d'attache qui lui reste. Pour ce dernier, Dodd va devenir le père qui lui manquait dans sa vie.
Amy Adams, qui joue l'épouse de Dodd, seconde parfaitement son mari et partage ses convictions. Mais peu à peu, on va voir qu'elle est celle qui tire les ficelles dans l'ombre, au point de manipuler son mari dans un scène magnifique où elle va le "contrôler" en le masturbant et en lui faisait répéter ce qu'il dit dans ses interrogatoires aux recrues afin qu'elle le fasse jouir.
Autant There will be blood ne comprenait qu'un seul rôle féminin, mais qui fut minuscule, ici, les femmes sont déterminantes. La sexualité joue aussi son rôle, car Quell couche avec les femmes de manière compulsive, comme si il voulait oublier quelque chose, et on apprendra plus tard qu'il a un terrible secret, amoureux, qui serait à l'origine de ses troubles.

Au final, Freddie Quell est un homme qui est en manque. En manque de filiation (ce que sera pour lui Dodd, qui sera le seul à vraiment le contrôler), en manque d'amour, mais surtout il se sent terriblement seul. L'avant-dernière scène, où il couche avec une femme, et ce qu'il dit, est révélateur ; il veut changer, il veut aimer, et veut ressentir ce qu'est de se blottir au creux d'une femme.
D'ailleurs, sans parler de la fin, disons qu'elle reste assez mystérieuse, avec cette chanson de Lancaster Dodd qui fera tout basculer pour Freddie Quelle...

Le film est aussi connu pour avoir été tourné en 65mm, format très rare et donnant une image très large. Si je n'ai pas pu le voir ainsi, on voit quand même à quel point P.T.A. a dû s'éclater avec ce format, qui reflète bien le vide dans lequel subsiste Quell. Et mine de rien, ça a une de ces gueules sur un grand écran (la course de motos dans le désert).
Quant à la musique, Jonny Greenwood est de nouveau de la partie, et si elle reste moins forte que dans le film précédent, elle reste très importante de par l'effet de répétition qu'elle produit. Elle agit un peu comme le questionnaire que Dodd soumet à Quell : en boucle, en boucle !

Je pourrais parler encore et encore de ce film, car les performances d'acteurs y sont légion (honte à moi, je n'ai pas parlé de Phillip Seymou Hoffman; qui joue le chef de La cause, dont je ne dirais jamais assez à quel point il est fabuleux), avec coups de sang qu'a Joaquin Phoenix (la scène en prison est marquante), voire son humour assez désarçonnant.... Mais en dépit d'un rythme assez haché, et le fait qu'on ne s'attache guère aux personnages, The Master est de ces films qui frappent très fort, et dont je sais que certaines images me resteront.

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