La première demi-heure de À feu doux laisse espérer le chef d’œuvre : entièrement centrée sur les gestes infimes et les expressions fugaces de Ruth, elle transmet au spectateur ses sensations, ses émotions et ses doutes, grâce à des gros plans que Friedland maitrise à merveille et grâce à l’interprétation remarquable de Kathleen Chalfant. Mais par la suite le film, tout en conservant ses qualités de mise en scène, se disperse, tout à sa volonté de démonstration ou d’explication (notamment des relations entre les patients, entre les soignants, entre patients et soignants). Et la dernière partie abandonne la singularité de la focalisation sur Ruth pour glisser vers un mélodrame familial jusque-là contenu, perdant ainsi de sa force.
Il n’en reste pas moins que ce qui est montré de ce que vit une patiente dans un lieu de vie pour personnes âgées dépendantes est remarquable. Le choix d’un cadre luxueux évacue d’autres problématiques – le sordide, la polypathologie, la fin de vie – pour se concentrer sur un seul enjeu : la dégénérescence cognitive. Filmant une patiente aux prises avec cette pathologie, la caméra empathique et en même temps objective de Sarah Friedland montre combien la vivre constitue une lutte incessante pour la dignité.