En 2024, le livre docufiction Guerre nucléaire un scénario de la journaliste Annie Jacobsen (plusieurs fois finaliste du prix Pulitzer) fut publié. Peu de temps après, j'apprenais que les droits du livre avait été acquis par Legendary Pictures et que Denis Villeneuve allait peut être l'adapter au cinéma. Quelle fut donc ma surprise en découvrant ce nouveau projet de Netflix tant le scénario de Noah Oppenheim comporte de nombreuses similitudes avec le livre.
Les deux œuvres partent du même point de départ, à savoir, le tir d'un missile balistique intercontinental vers les États-Unis afin de disséquer le système de réponse américain face à un tel évènement. L'approche documentaire de A House of Dynamite, à l'instar du livre, permet de découvrir les différentes agences gouvernementales impliquées dans la doctrine nucléaire américaine. Les environnements présentés sont majoritairement fermés, ne s'attardant qu'assez rarement sur l'extérieur : des salles de contrôle bardées d'écrans, des salles de conférence, des habitacles de voiture ou encore des cockpits d'avion ou d'hélicoptère. Tout est fait pour nous rendre claustrophobique. Vu des entrailles étasuniennes, la tension ne semble jamais faiblir.
La menace, comme invisible tout du long, simplement matérialisée au travers des écrans, renforce l'anxiété générale. Contrairement au livre qui présentait une histoire sur 1h environ suite au tir d'une ogive, le film se concentre seulement sur les 20 minutes qui suivent ce tir avec une narration qui multiplie les points de vue comme on a déjà pu le voir dans plusieurs films dans le passé comme Vantage Point où on revoyait plusieurs fois un attentat visant le président américain, Snake Eyes de Brian De Palma ou plus récemment The Last Duel de Ridley Scott. Le risque de déjà-vu est ici payant, les actrices et acteurs sont convaincants et le spectateur est tenu en haleine par son envie de découvrir les fragments manquants des perspectives précédentes.
L'une des grandes différences avec le livre est qu'on ne connaîtra jamais l'origine du tir. Cela ajoute de l'incertitude et du chaos et contribue différemment du livre à maintenir la tension chez le spectateur. On cherche à joindre des agences partenaires ou d'autres pays (non sans difficultés) dans le but de trouver les responsables, on met les forces militaires en état d'alerte, on se prépare à lancer des représailles... mais comment adapter la réaction ou choisir le type de représailles si l'ennemi reste invisible ? Ce choix scénaristique assez clivant est discutable et manque peut être de réalisme. Il influence évidemment grandement la chute du film. Là où le livre présentait les conséquences glaçantes d'une frappe nucléaire, Kathryn Bigelow a préféré laisser planner l'incertitude et nous confronte, en tant qu'êtres humains, à notre histoire, nos choix du passé et tout ce qui fait tenir la dissuasion nucléaire sur un fil. Bien que très différente de celle du livre, elle n'en est pas moins saisissante.
L'approche d'une apocalypse annoncée réussit à susciter l'effroi et renvoie les grandes puissances nucléaires face à leurs responsabilités. Espérons que l'humanité n'aura jamais à faire face à cette situation.