House of Dynamite est frustrant. Mais House of Dynamite est un grand film. Certes, il n’égale pas le glaçant Point Limite de Sidney Lumet, dont il reprend le postulat (la gestion diplomatique et militaire d’une frappe nucléaire). Mais l’effet que produit le long métrage de Kathryn Bigelow n’en demeure pas moins saisissant.
Conçu comme un triptyque, où chaque volet présente la crise sous un autre angle, ce thriller bureaucratique conduit le spectateur à remonter par palier la chaîne de commandement. Cette structure réitérative apparaît d’abord comme une limite, l’exceptionnelle montée en tension au cours du premier acte chutant brutalement alors que l’intrigue revient à son point d’origine dans le suivant. Sur le plan émotionnel, la seconde partie, qui ne bénéficie plus de l’effet de surprise de la première, souffre de cette réinitialisation des enjeux.
Mais lorsque tombe le générique de fin, cette forme s’impose comme une évidence : House of Dynamite devait en passer par là pour des questions de représentation et de dramaturgie. Porté par une réalisation alerte et des acteurs investis, le récit gravit ainsi les échelons hiérarchiques jusqu’au sommet de l’État avec l’espoir d’obtenir enfin une réponse à la crise. Mais une fois arrivé en haut de l’échelle, il n’y a qu’un homme isolé auquel un officier remet un classeur répertoriant les différents scénarios catastrophes possibles ; un « menu de resto ». Les éléments de réponse ont ainsi été délivrés par les exécutants dès la première demi-heure de film.
Dans un dernier geste cinématographique désespéré, Bigelow filme la foule des personnes prioritaires se dirigeant vers un abri anti-atomique. Face à l’attente, il ne reste donc plus que ça : se terrer.