Ca y est, Hollywood a bel et bien décidé que la relative accalmie qui a suivi la Guerre Froide est terminée ! On en revient aux bonnes vieilles menaces de guerre nucléaire entre états, avec destructions massives à la clé.
Ici, c'est le tir d'un seul missile nucléaire qui provoque le chaos dans la chaîne de commandement américaine. Personne ne sait qui a tiré. Tout ce que l'on sait c'est que Chicago sera rayée de la carte d'ici moins de 20 minutes si l'interception ne fonctionne pas. Faut-il répondre par la force ? Vers qui et comment ? A quel moment ?
Elaboré en huis-clos, à hauteur d'homme, avec notamment une caméra à l'épaule proche des personnages, "A House of Dynamite" fait beaucoup penser au classique "Fail Safe" de Sidney Lumet. La brève conversation entre un analyste et le ministre russe des affaires étrangères est d'ailleurs un clin d'oeil assez évident.
Le film de Kathryn Bigelow se démarque toutefois avec sa construction en trois actes, trois points de vue sur une situation ultra-stressante à échéance courte. Beaucoup ont comparé "A House of Dynamite" à "Rashomon" de Kurosawa, j'avoue ne pas avoir compris pourquoi.
L'intérêt de "Rashomon", c'est que d'une part les points de vue apportent des informations complémentaires et permettent de reconstruire un puzzle. D'autre part, c'est que ces points de vue altèrent chacun plus ou moins les faits, car la vérité est subjective (un peu comme dans le récent "The Last Duel").
Or ici, le déroulé est identique entre les 3 récits, et l'on apprend pas grand chose de plus avec le dernier acte. En conséquence, il y a plusieurs répétitions, et un rythme qui perd en efficacité au fur et à mesure.
Pour autant, "A House of Dynamite" reste bien mené, et bien porté par une étonnante distribution... puisque 3 acteurs principaux ne sont pas américains ! Ainsi, Idris Elba, Jared Harris et Rebecca Ferguson ont pris l'accent outre-Atlantique, mais donnent le change sans mal.
Kathryn Bigelow a enfin le mérite de soulever des questions très pertinentes et très modernes. A l'heure où l'Amérique de Trump flirte ouvertement avec le fascisme décomplexé, et se la ramène puissance 1000, Bigelow évoque l'idée que les USA ne seraient peut-être qu'un colosse aux pieds d'argile. Elle rappelle que l'humain et ses vulnérabilités restent au coeur de tout système de défense. Et que l'accumulation d'armes nucléaires relève surtout du cadeau empoisonné.
Ce jusqu'à un final inhabituel pour un film américain, qui a déjà été abondamment commenté aux USA...