Je peux pas dire que le film ne fonctionne pas, allez, au moins sur son premier quart d’heure. Il y a effectivement une certaine élégance dans l'orchestration de cette mise en scène éventée depuis plus de 15 ans, jouant avec des plans qui nous ramènent au cinéma de sécurité national des années 90 et déroulant une intrigue tout droit issue des années 50. Moi qui kiffe ces films où s’enchainent les portraits serious shit de fonctionnaires constipés se dandinant face à des écrans alarmistes, ces dix premières minutes m'ont botté à mort. Mais, rapidement, disons que j'ai été saisi par un manque total d’empathie avec le film, courbant l'échine face à la répétition sans imagination ni virtuosité de tous les clichés du genre, sans que Bigelow et son scénariste n’aient strictement rien à dire d’une situation géopolitique qu'il nous laissent désincarnée, anachronique et totalement survolée. Certes, l’enjeu s’impose de lui-même (l’annihilation totale du monde par le feu nucléaire), mais tout le reste est bâclé, pusillanime ou à coté de la plaque. Lorsque la structure atypique du film se révèle, j’ai eu un petit sursaut de curiosité, me demandant si le film allait gagner en puissance à la faveur de cette relecture des 20 dernières minutes de l’humanité, mais que nenni. Nous assistons simplement à la répétition de ce qu’on vient de voir, à un autre endroit, derrière d’autres bureaux, jusqu’au bégaiement de séquences qui nous étaient déjà familières avant qu’on ne lance le film. Pire, il est difficile de croire à ce qui se passe, l’intrigue étant particulièrement idiote : Un exemple, pour des raisons dramatiques, les auteurs font fusionner le moment où le missile nucléaire s’écrasera avec l’instant où les USA devront réagir… Ce qui n’a aucun sens. On résume les représailles à « on bombarde tout le monde », sans se soucier vraiment des véritables commanditaires, dont l’identité mystérieuse occupe deux ou trois minutes d’un film qui s’en contrefout. Ou cherche à éviter d’en parler, sentant que le sujet nécessiterait un propos, une position, un discours, de la substance que personne ne semble ici capable de proposer. Même pas un pétard mouillé, juste trois allumettes trempées dans un seau de flotte tiède, en tout cas loin d'une maison de pleine de dynamite. Car au final, House of Dynamite ne fera jamais rien d’autre qu’enfiler les plans clichetons et les lieux communs de l’Amérique americano-centrée de ce genre cinématographique - le plan hélico de la maison blanche qui se révèle derrière l’obélisque, dans les premiers instants du film, est à ce titre une véritable note d’intention -, soutenu par un cast plus ou moins inspiré (Les vedettes font le job que des acteurs anonymes auraient pu tout aussi bien assurer et parasitent la dimension « documentaire » de l’entreprise avec leurs goules « hollywoodiennes ») et une mise en scène qui aura tiré toutes ses cartouches en un petit quart d'heure, alignant un propos dépassé et d’une vacuité consternante. C’est absolument délirant de se dire que des gens aient eu envie de s’attaquer à un tel sujet pour, au final, n’avoir strictement rien à en faire, rien à en dire. Et si tout ce qui concerne le cœur de l'intrigue est nul et sans intérêt, je ne vous raconte pas comment sont traités les éléments censés humaniser tout ça. Le dinosaure, le mec qui doit acheter sa bague de vfiancailles, la première dame partie sauver des éléphants, la fille étudiante, etc etc.. trahissant une préproduction torchée à la va vite et un scénario pondu dans une urgence criminelle.
Alors, bien sûr, tout ça aurait pu aussi avoir un petit côté un peu désuet, un peu naze, mais aussi charmant, si l’intensité dramatique de l’actualité internationale ne venait pas planter les derniers clous dans le cercueil de ce film inutile, bête et d’une rare ringardise. Je ne dis pas prétentieux parce que j'ai rien lu de Bigelow et de son scénariste, j'espère qu'ils ne sont pas là en train de pérorer partout des âneries sur l'urgence ou la nécessité de leur film.
Parce que bon, sans forcément vouloir les comparer, House of Dynamite n’a rien de plus à dire qu’un film comme Fail Safe ne disait déjà, et tellement mieux, il y a 60 ans ! Pire, face à une actualité aussi tragique que grotesque, House of Dynamite fait pâle figure face à l'ironie désespérée et nihiliste de Dr Strangelove.
Bigelow, elle ferait un film sur la coiffure, elle serait capable de vouloir nous faire un thriller haletant pour nous dire que les cheveux ça pousse...Et ce qui est flippant, en plus, c’est que j’ai trouvé ça vraiment nul, alors que je venais de me farcir The Long Walk ! Qui niveau nullité a su tracer sa route.