Évidemment, ceci est un avis de Belge, forcément différent de ceux qui n'ont eu vent, ou très peu, du drame qui a "librement inspiré" le film, comme s'en défend (lamentablement) les auteurs dans un petit mot post-générique final ("Ce film n'avait aps pour but de retranscrire fidèlement le drame dont il est librement inspiré"). Mais même sans connaître le fait divers, le film reste malsain dans sa proposition.

Oui, les acteurs sont magnifiques, disons-le sans mauvaise foi, et si Emilie Dequenne l'emporte aux yeux du jury cannois, Niels Arestrup et Tahar Rahim n'ont rien à lui envier. Oui, la mise en scène de Lafosse n'est pas mauvaise, même parfois assez forte selon les séquences, avec son style propre de coller au plus près des acteurs mais aussi de les laisser respirer dans un cadre désespérément vide comme leurs vies. Ce qui me dérange, c'est bien le traitement narratif : pauvre Muriel, victime de son environnement ! Un mari prétendument amoureux (mais on insiste sur le fait qu'il avait besoin de papiers pour rester en Belgique) et qui s'avère pourtant macho, parfois violent, quelque fois "radical" dans le sens religieux ; un beau-père faussement bienveillant, véritable tyran possessif, sorte de Raspoutine pété de thunes et à l'homosexualité latente ; une soeur jalouse qui n'a de cesse d'envier le bien-être de Muriel ; et enfin 4 enfants, des modèles réduits, même pas la dizaine, qui semblent l'aimer de moins en moins au profit du vilain papa et du vilain beau-père (leur parrain). Oui, Muriel est innocente, et sa folie grandissante, faussement nommée "amour" qu'elle ne reçoit pas en retour, n'a d'égal que l'étouffement qu'elle subit au quotidien. Et tout cela, les hommes, le machisme, les enfants, l'absence de temps libre, l'omniprésence du médecin, le silence de la psychiatre, ont forcément cloué Muriel sur la croix de la damnation. La seule à s'inquiéter d'elle, c'est sa belle-mère ; une Marocaine, visiblement veuve, donc forcément meurtrie aussi par une société d'hommes. Tout ceci devrait justifier que Muriel (Geneviève Lhermitte ?) égorge un à un ses enfants ?! On sait, depuis ses débuts, que Lafosse souffre d'un gros problème vis-à-vis de sa famille, de son frère, de sa mère, aujourd'hui visiblement de la figure paternelle. Ca doit être sympa les réunions à Noël. Mais ça n'excuse, en rien, la quasi-absolution du quadruple infanticide, que ce soit dans le film ou dans la vie. Le projet était malsain à l'origine, il est nauséabond à l'arrivée.
Cinemaniaque
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le 31 mai 2012

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