La communauté SC&ses archétypes? Financement participatif du devoir à la paresse. Humilié à couteau?

Ma séries de remarques est décousue comme leur conversation. Si on écoute bien, le film aborde beaucoup de sujets, mais en passant, par petites touches, l'air de rien:

    "Restez. Même si c'est moins bien qu'avant, restez!"..."J'ai pas envie que les choses que j'admirais quand j'étais petit, n'existe plus."
  • ...est le passage que j'ai le plus aimé, où un personnage est quasi désespéré de voir un artiste qu'il admirait désormais disparaitre à petit feu et s'éloigner de lui. Il le voit devenir une loque humaine...ça lui fend le coeur de voir celui sur lequel il avait écrit tant d'articles élogieux, perdre pied. Par exemple, l'objet de son admiration intellectuelle se passionne désormais dans un coin du restaurant pour un vieil hors-série du ...Parisien, consacré à ...Jacques Chirac. Et ça lui fend le coeur que son artiste qu'il espérait être son ami, soit réticent à le voir plus souvent , en dehors de ce rendez-vous annuel. Et ça lui fend le coeur que son artiste favori perde la mémoire, n'arrive pas à finir une anecdote à table. Une belle scène quasi homo-érotique sur une amitié masculine en déliquescence. Mais surtout une scène où j'ai pensé au pincement de coeur que j'ai eu quand des 'gens' que j'admire me déçoivent ou perdent de leur splendeur: un chien, la première fois que je l'ai battu à la course; John Carpenter...ou Woody Allen nous apprenant qu'il arrête (je pensais aussi "Restez. Même si c'est moins bien qu'avant, restez!) etc.
  • le film commence comme une farce: des notables de l'industrie culturelle française sont les mécènes d'un artiste nommé Yoshi joué par un acteur nommé Yoshi. Ils se réunissent chaque année au même restaurant pour renouveler son obole au subventionné, mais à la condition qu'il ne produise surtout rien dans l'année écoulée (du Clownfunding? ...de la prime à l'inactivité?).
  • dans les jours qui suivent mon visionnage sur cette obole au boloss, je retombe sur ce même Yoshi...justement tenant un bol, qu'il tends devant lui, et ...invisible. Acteur croisé deux fois en une semaine, dans deux films séparés de 20 ans, alors que je le n'avais jamais croisé avant. Il apparait dans un doc de 2002 en ce moment sur arte, Brook by brook...il est rien de moins qu'un des acteurs dont Peter Brook est très content et félicite; on le voit jouer un texte puis être un des acteurs, avec Maurice Benichou, à faire "l'exercice du bol" devant leur maître (les acteurs doivent jouer et prétendre qu'ils tiennent devant eux "un bol", puis qu'il est rempli de "liquide précieux", puis qu'il y a "un accident").
  • Denis Malleval avait fait un film adapté de Georges Simenon, La Boule noire, sur aussi un homme (assez pathétique) faisant des pieds et des mains des années pour être accepté par des francs-maçons ou un Rotary Club, mais à la réunion annuelle, il n'arrêtait pas d'être blackboulé... du club par le vote finissant toujours en sa défaveur par la présence d'une seule boule noir dans l'urne de votes. Virginie Lemoine était alors à Bernard Campan, ce qu'est ici l'épatante Isabelle Nanty à Benoît têtu Poelvoorde: et son très beau "Te laisse pas souffrir comme ça". Et son bien observé: ils te méritent pas ;"...tous avec leur gros cul".
  • je viens justement de lire dans le Canard Enchainé de cette semaine de Juillet 2022 que Didier Decoin a encore annulé la candidature de Jérôme Garcin au Prix Goncourt (...et à surtout ses repas annuels somptueux): elle est compromise car un des membres a voté une 'Boule Noire', qui vaut "refus permanent" jusqu'à la mort de l'académicien.
  • Ma ligne de dialogue favorite est:
_"Pianiste de bar, c'est le plus beau métier du monde pour donner du sentiment à l'ennui" (dit le personnage cocaïnomane joué par Bernard Murat, qui a joué et été ami de ...Claude Brasseur, qui avait cette réputation.)
  • le barman, leur soi-disant ami, (Jean-Francois Stevenin en Ragueneau de service), s'est rasé la moustache pour faire plus jeune mais personne ne s'en rend compte. Plus tard, il verra à travers le jeu de Daniel Prevost et devinera enfin qu'il se moque de lui. Il devine que Prevost est un Pierre Brochant du Diner de Cons. Ils se moquaient aussi tous de Bernard Murat pour avoir dit un poncif que pourtant j'aime: "l'âge, c'est que dans la tête". François Damiens, en duo avec Prévost, le feront répéter pour s'en moquer...mais plus tard, leur gourou, Yoshi, tiendra le même propos et tous le trouveront alors exceptionnel; un instant avant ils étaient des Pontes Pourfendeurs du Poncif, maintenant ils cirent le cif de Yoshi pour le même poncif et l'applaudissent. Surtout que si on écoute bien, Daniel Prevost/Pierre Brochant, balance aussi un gros poncif ("et surtout ne prend pas de générique").
  • Daniel Prévost/Pierre Brochant se révèlera ne pas avoir une dépression comme Arditi mais de la pression à la maison avec la mort qui rode...
  • du l'art/lard ou du cochon?... l'ami théâtreux demande à Daniel Prévost pourquoi il ne vient pas le voir alors qu'il lui a envoyé des invitations, et Daniel Prévost, ne s'excuse pas de ne pas les avoir utilisées ces places gratuites mais semble agresser et menacer le pauvre théâtreux triste: "Pourquoi tu m'invites? Qu'est ce que j'ai fait de mal?"...et ce moment de flottement où on ne sait pas si Prévost est sérieux m'a fait surgir Joe Pesci dans Casino de Martin Scorsese et sa scène du "Funny How"? qui se termine aussi par des rires hystériques, comme ici.
  • Le personnage colérique de Pierre Arditi me rappelait aussi le personnage de Guillaume Canet dans Le Grand Bain: des colères soudaines et parfois injustes, qui étaient selon le film de Gilles Lellouche, symptômes je crois d'un début de dépression...d'ailleurs la fin d'Adieu Paris, révèle que c'est sans doute ce qui arrive à ce pauvre personnage qui a perdu l'amitié avec l'artiste qu'il a aimé, qui a vu cet objet de sa passion littéraire flétrir et désormais, se sens vieillir, conteste le total de la note dans une hystérie quasi Muriel Robin-esque, conteste la qualité du vin et finit par parler tout seul dans la rue (manque de vitamine B?)...le plan final, suggérant que celui qu'il a pourtant exclu du repas, aura la grandeur d'âme de lui, lui tendre la main.

j'ai été très très ému au plan vers la toute fin sur deux monuments français, en péril, en rémission, à la santé fléchissante, dont la chute de l'érection de l'un m'avait donné un coup de tristesse au plexus, et la chute enfin de l'érection de l'autre me rassurerait sur son avenir judiciaire: c'est quand on voit sur un toit, l'émouvante Cathédrale Notre-Dame de Paris être observée par l'armoire à glace Gérard Depardieu, au parfois si beau regard et aura démente. Quelle bonne idée de plan pour ceux qui aiment ces deux merveilles!

  • j'aime bien la question que me pose le film en sous texte: qui serions nous prêts à subventionner pour qu'il ne produise rien du tout dans l'année?
  • capitalisme culturel de copinage: un film aussi sur le réseautage, sur le privilège d'avoir des acolytes, même si alcooliques; un film sur les connivences entre artistes et leurs critiques? on découvre que le personnage écrivain joué par Arditi a coopté, adoré, le personnage de Berroyer, un penseur, intellectuel, qui ont dit du bien de Bernard Lecoq, qui avait présenté Berroyer à Arditi...certains (gauchistes?) verraient ici un ouroboros de léchages de culs, un réseau presque Human centipede de renvoi de faveurs et co-optage?
  • j'aime au passage la 'modestie'...et culot du pseudo écrivain Arditi que l'éditeur ose déranger... et appeler au téléphone pour lui rappeler un rendez vous auquel Arditi refuse finalement de se rendre car trop "occupé à écrire": son "quand est ce que j'écris moi?" m'a fait rire. "Quand est ce que j'écris moi?...est-ce que Le Clézio et Modiano vont à des dédicaces?" en magasins.
  • en fait le " (très niçois) Prix Nobel de littérature, JMG Le Clézio " fait des dédicaces et séances de signature" sur ses terres! Je l'ai vu.
  • l'humilié Benoit fait un moment un peu peur et fait penser à un terroriste quand il décide de soudain sortir un couteau: il crie à son copain "quand tu te fais agresser, c'est pas avec des bons mots que tu sauves ta peau...(il agite son couteau)...ça! c'est un vrai couteau". L'humilié en a marre des saillies verbales et semble prêt à en infliger de chair...il y a un écho (volontaire ou pas) des tarés et terroristes à couteau cancérisant nos rues et cours d'écoles. Benoit Poolvoerde fait à ce moment à la fois pitié et peur: des saillies tranchantes, il suggère et fait croire en un épatant regard d'acteur à la Depardieu, à de vraie pénétrations par une horrible lame pour soigner, croit il son âme meurtrie? A cause de ses petits bobos à son orgueil et âme, il jongle avec une lame de couteau comme un gamin de collège? La vengeance minable des terroristes improvisés?
  • ...ou la vengeance des mal payés: au passage, à la va-vite, il est mentionné que l'ancienne fameuse serveuse n'est aussi plus là pour des raisons "financières"...(celle avec "la gaine et les bas de contention") je crois que le barman dit qu'il "des pakistanais à la plonge" qu'on verra plus tard en colère, quand la facture ne sera pas vraiment payée (et avec donc encore moins de pourboires?).
  • "Mais, mais, moi aussiiiii je me rappelle pas pourquoi on lui parle plus! Mais il faut faire confiance à qui on était alors!" (sic) ...crie Arditi (personnage en possible début de dépression). Cette phrase assez débile mais drôle admission de l'écrivain n'aimant pourtant pas "les fachiiiistes", m'a fait penser à moi et mon amour des films et livres dont je ne me rappelle plus! Mais je sais que je les ai aimés ou pas aimés! Je sais qu'en sortant de la salle, j'étais content ou pas. Je revois parfois même la salle dans ma tête et mes coreligionnaires, mais pas des détails du film; ce qui fait parfois douter mon interlocuteur que j'ai vu/lu l'oeuvre.
    • j'aime beaucoup le regard d'Isabelle Nanty pour son Benoit, une fois la tête sur son épaule: elle l'aime , 'no matter what'.
    • pardon de faire trop long mais:
    "...Si à mon âge, je n'ai pas le droit de radoter, à quoi ça sert de vieillir" dit Depardieu à son aidante Ludivine Sagnier.
    • détail: j'aime aussi beaucoup la dame pipi zombiesque, très austère, qui ne parle pas, ne dit pas bonjour, et à qui , ils ne disent pas bonjour non plus. Jouée par une Françoise Remont (Mamie Lucette dans Bad Buzz...). Elle est au théâtre en 2022 dans "la première pièce en Français de l'anglais Alexander Zeldin, 'Une mort dans la famille' qui frappe fort et nous plonge dans le quotidien d'un Ehpad" (selon Les Echos). Chaque fois qu'ils descendent aux toilettes, cette dame pipi est en train d'écouter une émission radio redorant le blason de Pétain: le son n'est pas bon mais on entend "...grand politique, grand militaire mais parlons de Pétain, le grand diplomate" (sic)
    • détail: le gag du pianiste qui en a marre de jouer dans le vide et veut partir pour soi-disant voir sa "fille et sa famille" et prétend que ce n'est pas une question d'argent et qu'il n'est pas vénale...mais reste quand évidemment Jean François Stevenin lui a donné une prime...le plan montre alors la salle encore vide mais le pianiste désormais joue quand même. Est un gag visuel qui rappelle les pauses et silences tout aussi comiques dans les séries dont notamment Parks and Recreation.

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    le 10 nov. 2022

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    PierreAmo

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