Refusant de faire un énième film dénonçant le racisme actuel dans tel pays européen (France, Allemagne, Italie, Hongrie, Pologne ? tous se disputent la Palme...), la violence de la gestion de l'immigration par tous les gouvernements récents navigants à tribord toute, Sylvestre Amoussou préfère, par un jeu de négatif, blanc sur noir, adopter le ton de la comédie, en imaginant un racisme au futur, où des Européens, désireux de quitter un continent dans lequel régnerait la famine, essaieraient de s'installer en Afrique et seraient confrontés à la bêtise et aux préjugés d'une population hostile aux immigrés.
À ce jeu de miroir, dans lequel une parodie du futur reflète la triste réalité du présent, ce sont bien entendu les préjugés, la bêtise, le ridicule, de nos gouvernants, de nos administrations et de chacun d'entre nous qui apparaissent.
Bien entendu, le film manque de moyens - mais bien loin de le lui reprocher, il est difficile de ne pas être songeur en pensant à l'ampleur qu'il aurait pu avoir, avec par exemple le budget d'un Luc Besson ou même d'un Fabien Onteniente.
Bien entendu, les spectateurs biberonnés aux films réalistes faussement documentaires, caméras sur l'épaule et misère plus vraie que nature, truffés d'effets spéciaux où la minute de film se compte en dizaine de milliers d'euros, et qui n'adhèrent à une histoire qu'à proportion du réalisme avec lequel on la leur dépeint seront déçus, l'ont été et l'ont massivement exprimé à coup de notes sanction.
Bien entendu enfin, le ton léger qu'il adopte pour parler du racisme aggrave son cas et fait qu'il ne pouvait nullement prétendre à l'instar d'un Souleymane, au moindre César ou à la moindre Palme, mais justement, c'est cela son courage : ce ton candide et "maladroit" (difficile de filmer une manifestation et sa répression de manière plus nanardesque), parfaitement assumé et judicieusement choisi pour traiter en creux de sujet graves comme l'immigration et le racisme.