<b><i>Pixar, l’heure mineure (#2)</i></b>
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Texte du 27 décembre 2022

Pixar s'est depuis quelques années laissé aller <a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://boxd.it/4EVBa9">à des productions plus "mineures"</a> – ces suites ou ces films moins ambitieux, moins investis par la firme, et moins remarqués par la critique, qui semblent être à présent devenus le crédo du studio entre deux opus de Pete Docter. On peut suspecter Disney d’être à l’origine de cette logique de productivité soutenue ; il est aussi possible, plus simplement, que le studio vieillisse. Reste que ces œuvres secondaires, moins saturées d’enjeux, peuvent aussi être l’occasion pour Pixar d’échapper à certaines de ses normes étouffantes. Voyons ce qu’il en est avec leurs trois dernières productions, pas loin d’être passées inaperçues…

<b><i>Alerte rouge</i></b>
Domee Shi / 2022

Légers spoilers.

Avec <i>Alerte rouge</i>, Domi Shee reprend le thème central (la maternité étouffante) de son court-métrage <I>Bao</i>, et essaie, c’est le moins qu’on puisse lui reconnaître, de repousser certaines limites du canon Pixar, en contredisant pas mal de ses caractéristiques : récit localisé et daté (le Canada des années 2000, entre tamagochis et boys band), sortant d’une représentation abstraite pour s’inscrire dans une certaine réalité (voiles et turbans visibles, marchandising intense, serviettes hygiéniques), mise en lumière des minorités (cadre quasi exclusivement féminin, communauté chinoise, personnages secondaires LGBT suggérés), récit abordant explicitement le désir sexuel (la scène des dessins) et les règles périodiques (par une symbolique transparente autant que par des mentions explicites, jusqu’à son titre)…

Cela fait beaucoup à encaisser pour un film Pixar, d’autant plus que la firme choisit cette occasion pour se délester de l’attirail narratif et formel qui fait habituellement sa force et sa réputation. Reposant sur un montage hystérique, sur des effets ou des modes visuelles, passant majoritairement par la parole (les épiphanies Pixariennes à la limpidité lumineuse manquent ici un peu à l’appel), s’appuyant sur des personnages globalement irritants et peu sympathiques, optant pour un design laid et peu recherché (pour la première fois, chez Pixar, le travail de lumière est assez anodin), accumulant les gags pour expédier maladroitement les moments d’émotion, se reposant sur une imagerie exotique conventionnelle (la forêt de bambous) plutôt que d’inventer la sienne… Le film, en somme, semble troquer le modèle Pixar contre celui du tout-venant de l’animation 3D mainstream, comme craignant que ses traditions soient incapables d’encaisser et de digérer tant d’innovations. Alors que c’est justement cette rencontre, ce mariage, qui auraient pu être passionnants, et créer un peu de mystère.

L’ambition de changement, incontestable sur le papier, peine alors à se réaliser pleinement dans un film qui n’a plus de Pixar que le nom, et qui laisse en bouche une impression plus plate que le retournement de table que le pitch laissait espérer. Reste, par un scénario malgré tout bien troussé et évitant le surplace, une capacité à rendre toute la mesure de l’importance fondamentale qu’ont, pour les jeunes ados, leurs premières rébellions (et une plutôt juste distance trouvée, entre empathie et satire, face au ridicule du concert commercial qui les permet).

<b>Et après ?</b>

Les trois prochains films Pixar annoncés peuvent partiellement rassurer, en ce que deux d’entre eux sont des projets originaux : <i>Élémentaire</i> de Peter Sohn (réalisateur-sauveteur du très mitigé <i>Le Voyage d’Arlo</i>, mais surtout réalisateur du magnifique <i>Partly Cloudy</i>), et <i>Elio</i> par Adrian Molina (co-réalisateur du réussi <i>Coco</i>). Le troisième film annoncé, comme le veut désormais la tradition Pixar, est un gros projet de Pete Docter : la suite de <i>Vice-Versa</i>, face à laquelle on est forcément partagés – déception de voir ce projet singulier se décliner en suite, curiosité de voir comment le studio très prude va se confronter aux affres de l’adolescence.

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le 11 août 2026

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