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Crachat au visage
Ce film est un véritable crachat au visage des spectateurs, mais parce qu'il est propret et qu'il ne prend pas de risques (contrairement à Prometheus et Covenant) il ne recevra pas la haine qu'il...
le 28 août 2024
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Le premier Predator sous tutelle Disney, Prey, n’était pas mal du tout. Il y avait un grand monstre, une héroïne Disney indienne, quelques autres indiens mâles prêts à mourir, de vilains braconniers pas beaux et pas prêts à mourir eux, et même, chose incroyable, du sang.
Le premier Alien produit par Mickey lui, a marché au box-office mais a divisé les fans. Certains ont fait la gueule parce qu’ils préféraient peut-être Alien vs Predator de Paul W.S. Anderson ou Alien Resurrection de l’ami Jeunet, d’autres ont trouvé à ce Alien Romulus des qualités étonnantes.
Je fais partie de ceux qui lui ont trouvé plus de qualités (bien plus en fait) que de défauts.
Ce n’est un secret pour personne (sauf pour ceux qui s’en foutent), beaucoup estiment que Ridley Scott du haut de ses maintenant huit décennies s’est pris les pieds il y a douze ans dans le tapis de l’entrée des studios Fox avec son pourtant superbe Prometheus puis son très contradictoire Alien Covenant. Son ambition contrariée (il me semble qu’il était question de deux suites à Covenant pour enfin raccrocher les wagons avec le space jockey du premier film) semblait laisser la saga sur des prémisses inachevées, conditionnées par le four plutôt injustifié de Covenant. David rentrant dans le compartiment cryogénique du Covenant sur les cuivres triomphants de L’Or du Rhin de Wagner, ça avait de la gueule, ça symbolisait la victoire de la machine sur ses maîtres, et ça suggérait une suite prometteuse vu les deux bestioles mises au congélo.
Bref, tout ceci à la poubelle. Une saga sans véritable conclusion (Alien Resurrection) et aux chapitres manquants.
À moins que... Mickey et ses grandes oreilles ne décide de sauver la saga avec bien plus d’ambition qu’on lui aurait soupçonné pour cet univers (il suffit de voir le trailer du prochain Predator et le cross-over prévu qui aura certainement plus de pertinence et de gueule que le diptyque d’Anderson et des frères Strause).
Lorsqu’un nouvel Alien fut annoncé avec Fede Alvarez à la réalisation (les très bons Evil Dead, Millenium et Don’t Breathe) et de jeunes acteurs inconnus pour héros, la fanosphère se mit à craindre un Alien axé public plus teen. Genre : les personnages sont jeunes, ils sont beaux, on va juste leur foutre un peu la frousse avec un vieux xenomorphe myope à barbe blanche, tuer le plus con du groupe d’un coup de griffes pas trop pointues et sortir ça sans trop d’hémoglobine mais juste assez de jump scares pour faire sursauter les jeunes.
Puis on nous a assuré qu’il s’agirait d’un "vrai" film d’horreur qui se déroulerait entre Alien le huitième passager et Aliens le retour.
Et là une question se posait : comment justifier une intrigue avec un nouveau xenomorphe entre Alien et Aliens ? Impensable.
À moins de... prendre quelques risques avec la mythologie des films et de permettre aux scénaristes (Alvarez et son complice Rodo Sayagues) de faire leur travail : les laisser faire preuve de créativité.
Et dès le prologue d’Alien Romulus, l’explication aussi simple que bien trouvée nous est donnée sur le retour du xenomorphe avant le réveil de Ripley 37 ans plus tard.
Car oui, l’intrigue de Romulus se déroule en 2142, soit vingt ans après les événements du film original de Ridley Scott. Dommage qu’un trou dans la narration nous cache les événements ayant eu lieu entre le prologue et tout le reste du film (pour savoir en détail ce qu’il s’est passé sur la station spatiale Renaissance, il faut se procurer le comic préquelle éponyme de Zach Thompson et Daniel Picciotto publié chez Marvel).
Dès son exposition, Fede Alvarez fait ce que personne n’avait su ou voulu faire avant lui (à part Fincher et ses bagnards d’Alien 3 et Cameron avec la colonie Hadley's Hope dans la version longue d’Aliens, mais l’ambiance n’y était clairement pas la même) : nous immerger dans l’univers des ouvriers coloniaux oeuvrant pour la terrible Compagnie Weyland qui, depuis le premier film, a fusionné avec Yutani, et nous dévoiler que les ouvriers travaillant à la terraformation d’une planète dégueulasse, LV-410, dans la colonie Jackson’s Star, sont loin d’être des gens heureux construisant "a better world". Ils sont plutôt prisonniers de leur situation, exploités sans vergogne par une Compagnie qui modifie les clauses de leur contrat et les oblige à atteindre un certain quota d’années de travail pour pouvoir se casser de ce Bronx spatial où les gens ont l’air de ne jamais fêter Noël, où les prostituées raccolent les ouvriers revenant du taff, où la discrimination anti-synthétique a l’air d’avoir la côte (elle l’a toujours eu dans la saga) et où une nouvelle épidémie virale se déclare toutes les semaines grâce au très agréable climat qu’il y fait et toutes les gentilles bactéries inconnues qui y pullulent.
Au milieu de ce trou surpeuplé de gens désabusés et sans avenirs, Rain Carradine, une jeune ouvrière minière et Andy, un modèle d’être synthètique obsolète qu’elle considère comme son frère pour avoir grandi avec, entretiennent l’espoir d’aller vivre sur la planète Yvaga 3, aux conditions de vie bien moins hostiles. Mais bien que Rain ait fait son quota d’heures de travail pour prétendre quitter enfin cet endroit, la Compagnie prétexte un nombre d’ouvriers insuffisants pour doubler le temps de travail qu’elle leur doit contractuellement et l’obliger à travailler six ans de plus dans les mines de la colonie. Son ex-compagnon Tyler ainsi que sa bande d’autres mineurs lui proposent alors un marché. Ils ont repéré sur leur radar une immense station spatiale dériver sans signes de vie, en orbite de leur planète. Leur but : s’y rendre avec leur navette, le Corbelan, et voler le matériel suffisant pour pouvoir se mettre en cryostase durant neuf années et atteindre la très convoitée planète Yvaga 3. Pour cela, ils ont besoin du synthétique Andy, seul à pouvoir déverrouiller les sécurités de l’ordinateur de bord Mother. Tout d’abord réticente à prendre le risque de voler la Compagnie, Rain ne se voit pas encore survivre six ans dans les mines de cet enfer. Il devient évident pour elle que la Compagnie ne la laissera jamais partir de là, comme bon nombre de ses collègues. Elle accepte la proposition de Tyler.
Bon, comme on se doute, la station spatiale à la dérive en question, Le Renaissance, abrite une ou quelques bestioles de très mauvaise "Compagnie". Et ces jeunes gens vont regretter amèrement leur audace.
La suite de l’intrigue n’est-elle alors qu’un nouveau film de monstres de couloirs ?
Oui.
Mais bourré d’idées innovantes qui, tout en offrant le plaisir de renouer parfaitement avec l’ambiance et les décors du premier film, a le mérite de nous offrir une montée sous tension constante bourrée de suspense (la scène de réchauffement du quartier frigorifiques des facehuggers, celle de l’acide flottant dans le corridor sans gravité), de visions d’horreur (les nuées de xenomorphes se ruant après leurs victimes, le "offspring" final) et de mises à mort particulièrement cruelles.
À cela s’ajoute l’ambiguité d’un personnage synthétique auquel les héros ne semblent plus pouvoir faire confiance depuis sa mise à jour, des contraintes d’envergure (jamais le sang acide des xenomorphes n’avait été autant mis en valeur dans les autres films) et, Fede Alvarez oblige, des idées particulièrement dérangeantes dont une est de suggérer que Kay est enceinte du "connard" Bjorn, son cousin. Lequel aurait pu être le simple cliché de l’abruti de service (son hostilité envers Andy, son attitude méprisante) si sa façon de surprotéger Kay n’était pas expliquée par son passif brièvement raconté. L’ironie étant que leur "bébé" aura un peu trop vite fait de se nourrir au sein.
Car oui, on est bien dans un Alien, avec toute la symbolique et le sous-texte de sexualité masculine agressive qui sous-tendait surtout le premier (dans la symbolique) et le troisième film (dans les personnages).
Ceci dit, Alien Romulus raccroche surtout les wagons avec la mythologie développée par Scott et Lindelof dans Prometheus. Ce qui ouvrira sur un climax dont la tension horrifique et particulièrement malsaine aura autrement plus de gueule que celui de... Alien Resurrection par exemple.
Bref, les idées sont audacieuses, le scénario bourrée de scènes mémorables, la mise en scène quasiment irréprochable (voir les superbes plans de l’ascension de la navette dans la stratosphère de LV-410, ou celui de la desagrégation de la station dans le champ d’anneaux spatial), l’univers d’Alien en ressort toujours plus fascinant...
Alors, que peut-on donc bien reprocher au film ?
Simplement la même chose qui plombait des films comme Predators ou Terminator Renaissance : la grossiereté parfois bien lourdingue de son fan service.
Par exemple, ce qui est véritablement dommageable à un film comme Alien Romulus, c’est d’intégrer dans ses dialogues des répliques cultes des anciens films qui n’ont absolument rien à foutre là. Le film compte bien quelques clins d’oeil visuels (le plan où Tyler montre à Rain comment se servir d’un fusil à impulsion est similaire à celui de Hicks faisant de même avec Ripley dans Aliens) qui font presque sourire. Ce qui passe beaucoup moins bien, ce sont les répliques piquées à Bishop et à Ash ("Je préfère homme artificiel mais c’est personnel", "Je ne vous mentirai pas sur vos chances de survie mais... vous avez ma sympathie"). À la limite, celles-ci peuvent être justifiées par le fait qu’elles sont prononcées par les androïdes Andy et Rook et que cela suggère qu’il s’agit de phrases pré-intégrées à leur système. Mais bon... quand un personnage en sauve une autre héroïquement en abattant un xenomorphe tout en balançant le mythique "Ne la touche pas, sale pute", là ça fait vraiment tiquer.
Et ces fautes de goût sont probablement moins imputables à Alvarez et son co-scénariste qu’à des desideratas débiles de producteurs. J’imagine aisément une réunion de pré-production dans le bureau de Mickey où un exécutif aurait dit : "ce serait super qu’à un moment un des personnages balance la réplique culte d’Aliens, il faudrait trouver un passage dans le film où un des héros pourrait la répéter". À cela, certains ont dû dire : "Mais c’est complètement injustifié qu’il dise la même chose que Ripley à ce moment-là, en plus ça ne correspond pas à la personnalité du personnage de dire ça !". Et le grand patron de répondre : "Bonne idée, les fans sont des cons, ils aiment être brossés dans le sens du poil, on placera "ne la touche pas sale pute" quelque part dans le film".
Le problème de ce copier-coller de réplique culte est qu’il lorgne vers l’extradiégétique, ces "répliques/citations" sortent le spectateur du film simplement parce qu’il devient immédiatement évident que le personnage qui la prononce s’adresse en fait indirectement au public. La réplique n’est là que pour "faire plaisir" aux fans, mais elle les horripilent à mon avis plus qu’autre chose dans la mesure où elle est totalement injustifiée dans le scénario. Et contribue donc à nous sortir un temps de notre immersion dans l’intrigue.
C’est un des grands problèmes de certains films à franchises cultes d’Hollywood, l’incapacité à vouloir s’affranchir complètement de l’ombre de leurs modèles, d’assumer pleinement leur originalité et de ne pas cligner de l’oeil aussi grossièrement aux fans.
Donc oui, ce fan service dans Alien Romulus a de quoi braquer et dégoûter certains spectateurs. Ça et la caractérisation peu développée de deux des protagonistes, en plus du "connard" de service, qui en font de futures victimes en puissance. Mais en toute objectivité, ces quelques défauts n’occultent en rien toutes les qualités du film et il faudrait vraiment être mal luné ou ne pas aimer l’univers d’Alien pour dire de Romulus qu’il est un film raté.
Bien au contraire, il s’agit là d’une belle réussite dans la mesure où le film en plus d’être agréablement audacieux, respecte cet univers et arrive même à le nourrir en lui apportant autant d’idées bienvenues (la survie du xenomorphe dans l’espace, qui suggérerait donc que la Reine d’Aliens aurait donc elle aussi survécu) que de visions inédites. Rien que le prologue nous dévoilant les conditions de vie infernales sur les colonies suffit à diaboliser un peu plus la Compagnie par la main-mise qu’elle a sur ses ouvriers, et explique aussi peut-être un peu mieux l’aversion et la défiance qu’a Ripley pour cette corporation dans les premiers films (en cela, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à Outland, l’excellent film de 1981 de Peter Hyams et dont l’intrigue, située dans une colonie minière spatiale, aurait pu aisément se dérouler dans l’univers d’Alien si l’on y avait ajouté les xenomorphes).
Au-delà de ça, le sous-texte du film (l’impossibilité de l’expansion humaine dans l’espace du fait de son incapacité à s’adapter aux environnements hostiles) est passionnant, tant pour l’idée du sérum de Rook censé "aider" l’humanité à évoluer dans l’univers, que parce qu’il renvoie à des préoccupations scientifiques actuelles concernant un possible projet de colonisation muskienne martienne. En cela, le film raccroche parfaitement les wagons avec Prometheus mais moins avec la saga originale où la Compagnie était censément intéressée par le xenomorphe dans le but de le contrôler et d’en faire une arme de guerre (du moins c’est ce que soupçonnait Ripley). On n’y parle plus d’intérêt militaire (évoqué dès Aliens) et cela remet en perspective de manière plus intéressante l’intérêt de la Compagnie pour cette forme de vie : son ADN offrant possiblement à l’humanité la clé de son expansion et, en revanche, de sa déshumanisation via une évolution monstrueuse mais ouvrant peut-être sur l’immortalité (le rêve de Weyland dans Prometheus). Parallèlement à ça, et ironiquement, la ruche de xenomorphes dans Alien Romulus se trouve dans le compartiment armement Remus (les passagers de la station s’étant très probablement réfugiés près de leur arsenal). Quoiqu’il en soit l’intérêt de la Compagnie pour la bestiole peut s’expliquer doublement.
Joliment réalisé, bourré d’idées novatrices tant visuelles que scénaristiques, Alien Romulus (Romulus en référence au labo scientifique de la station mais aussi à la passion de Ridley Scott pour la Rome antique) est tout bonnement un excellent film de SF horrifique qui, non seulement s’intègre très bien à la saga, mais participe à en nourrir la mythologie et la fascination qu’elle exerce depuis presque cinquante ans. Assurément meilleur que Covenant et Resurrection, et tout aussi audacieux que Prometheus et Aliens, le film rassure sur la pérennité de cette saga que l’on aurait pu croire enterrée dès lors qu’elle est passée sous la bannière Disney. Comme quoi, derrière son sourire niais et ses oreilles à la con, Mickey a finalement bon goût en matière d’horreur. Il semble aussi toujours très bon en affaires : une suite est déjà en cours d’écriture par le même duo Alvarez-Sayagues. Quant à la série Alien Earth, dont l’intrigue se déroule après Covenant et deux ans avant Le huitième passager, elle débarque bientôt sur Terre. Reste à voir s’ils raccrocheront un jour les wagons avec les sombres desseins de David à la fin de Covenant.
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le 4 juin 2025
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