Alien: Romulus
6.3
Alien: Romulus

Film de Fede Alvarez (2024)

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Alien Romulus, Fede Alvarez, U.S.A, 2024, 119 min

En 2024, sept ans après la débandade totale que fut « Alien Covenant », débarquait au cinéma « Alien Romulus » de Fede Alvarez, produit sous le patronage de l’ami Mickey. Fort d’un revival réussi de la saga « Predator » en 2022, avec « Prey », nous étions en droit d’attendre un traitement tout aussi attentionné pour ce nouveau jeu de massacre du xénomorphe le plus célèbre du septième art. De plus, à la réalisation se trouve Fede Alvarez, qui avait signé une troisième suite particulièrement brillante à « The Evil Dead » et proposé le très efficace « Don’t Breathe », deux opus horrifiques, qui ne pouvaient que rassurer.

Dans un premier temps, tout débute parfaitement bien, à commencer par l’abandon des délires philosophico-scientifiques sans âmes de papy Ridley, pour laisser place à un « Alien » pur jus. C’est ce qui était promis et c’est ce que le programme annonçait. Le scénario reprend d’ailleurs intelligemment ce qui avait fait le succès du premier métrage, à savoir prendre comme protagonistes des ouvriers, écrasés par le poids d’une multinationale qui contrôle absolument TOUT, la fameuse Weyland-Yutani. Si c’était en filigrane dans le premier film, bien plus clair dans le second et une partie du décor dans le troisième, ici c’est traité très frontalement, et ça rajoute encore beaucoup à la réussite que l’on est toujours en droit d’attendre.


Dans un second temps, il s’avère fort agréable de constater que l’univers est respecté à la lettre et, visuellement, ça envoie et ça plonge dans une ambiance justement dosée, qui annonce du bon. La production design rappelle celle du « Alien » de 1979, ce qui fait sens, puisqu’il se déroule juste après. Les costumes sont parfaits, il y a même des droïdes, tout comme il faut, rien à dire, c’est absolument génial. C’est un vrai plaisir d’être embarqué dans une aventure Alien qui assume à 100 % sa filiation à la saga. Cela n’était pas vraiment arrivé depuis 1992 finalement, dans la mesure où « Resurrection » est plus à voir comme un spin-off avec ses propres codifications visuelles.


Et puis, dans un troisième temps, le récit débute avec un moment d’exposition qui nous introduit à l’intrigue, aux tenants et aboutissants de l’univers dans lequel on se trouve, et nous présente les personnages que nous accompagnerons tout au long de cette aventure. Le métrage démarre enfin et là, c’est le drame. Concrètement, le film a été écrit par un enfant de 6 ans, et encore, à 6 ans, je suis certain qu’il y a des enfants capables de bien mieux. Tout le superbe visuel et cette idée que ça allait être une entrée originale, s’effondre face à des dialogues incroyablement mauvais, délivrés par les acteurices les moins convaincants de leur génération, faut vraiment le voir pour le croire.


Cela annonce une véritable catastrophe, et le film ne va pas aller en s’améliorant. En une seule séquence, au tout début du récit, alors que tous les personnages sont introduits, plus ou moins en même temps, il est évident qui qui va mourir, comment qui vont mourir, dans quel ordre qui vont mourir, et qui qui va parvenir au duel final face à l’Alien. Ça, dans le premier « Alien », il était impossible de le déterminer, avant que ça ne se produise durant le récit. L’aventure n’a même pas encore vraiment commencé depuis 10 minutes que ça pue déjà la merde, sans parler du choix et de la direction des acteurices, qui, encore une fois, se révèlent de véritables calamités.


Mais le pire dans ce pitoyable « Alien Romulus », c’est son histoire, et la manière dont elle est traitée. En gros, le film réduit à néant toute la puissance évocatrice du dernier acte du premier « Alien ». Puis il ridiculise et rend improbables tous les évènements qui sont contés dans le deux. Donc à partir de là, les évènements du trois, et surtout du quatre, deviennent totalement obsolètes. Si l’on croit en ce que nous voyons, c’est bien simple, le sacrifice d’Ellen Ripley à la fin d’« Alien », lorsqu’elle fait exploser le vaisseau et part à la dérive dans l’Espace, et bien, ça ne servait strictement à rien. Puisque la Weyland-Yutani a récupéré des débris, et a pu utiliser les restes du facehugger, cette bébête dégueu qui se place sur le visage et injecte le xénomorphe dans le thorax.


En effet, figurez-vous que la Weiland-Yutani possédait, avant « Aliens », plusieurs centaines de facehugger, plus d’un demi-siècle avant qu’Ellen Ripley soit envoyée sur LV-426 (ou Acheron pour les intimes). Toute la mission d’« Aliens », qui consistait à expédier des marines pour retrouver justement ces fameux facehugger, pour la science, mais aussi pour créer une arme organique ultime, repose donc désormais sur du vent. Tout le récit de ce deuxième volet ne fait plus aucun sens, et, pour le réaliser, il suffit de se poser la question, de pourquoi la Weyland-Yutani, qui possède autant d’embryons qu’elle peut en plus cloner à volonté, enverrait des colons, puis des marines sur une planète pour en récupérer, au prix de plusieurs millions de dollars ? À quoi bon du coup ?


En se faisant, « Alien Romulus » n’apporte rien à la saga, et fait même reculer ce qui compose l’ensemble de l’intrigue, de l’arc d’Ellen Ripley, à celui de David le droïde. Contrairement aux inoffensifs « Prometheus » ou « Covenant », ces derniers n’arrivant jamais vraiment à se relier à la franchise, bon, aussi du fait que le troisième et le quatrième filment ont été suspendus, fort heureusement. Bref, « Romulus » c’est juste un travail de sape, pour le style, qui se met en place, et qui rendrait presque (je dis presque) les « Alien v Predator » de 2004 et 2007 crédibles.


« Alien Romulus » vient bêtement dégommer tout un canon bien établi, qui avait même réussi à survivre à « Prometheus » et « Covenant ». C’est ridicule de proposer un tel produit, en le maquillant de plus bien comme il faut pour pouvoir dire « Hey regardez c’est bien un Alien ». En effet, visuellement, c’est très proche du premier, trop peut être pour être honnête. Mais derrière, ça accomplit absolument n’importe quoi avec cet univers pourtant suffisamment riche pour pouvoir raconter tout un tas d’histoires originales, sans avoir à toucher aux films qui existent déjà. Résultat, c’est ici une perte de temps absolue, qui ne sert à rien d’autre qu’à plomber la saga.


Mais le pire n’est même pas là, le pire se trouve dans le fait qu’« Alien Romulus » est sans cesse en train de faire référence aux autres films de la franchise. Pour exemple, l’antagoniste principal n’est autre que Ash, le droïde incarné par Ian Holm dans le premier film. Il est ici fait en deep fake, et il est présent quasiment tout le récit. À aucun moment, « Romulus » ne parvient à exister par lui-même et à offrir une vision qui lui est propre. Il n’est qu’une vaste entreprise de nostalgie, qui se torche pourtant avec son héritage. Que ce soit des musiques, des morceaux de décors, des inclinaisons de caméras qui reprennent plan pour plan des séquences iconiques, sans aucune justification, ou bien encore un boss final directement pompé sur le film de Jeunet.


L’actrice principale ressemble vaguement à Sigourney Weaver, et elle est filmée d’une manière identique, au point que tout un passage reprend tel quel toute une scène culte du premier opus. Mais c’est vraiment la même chose… Il y a même des répliques qui sont complètement réutilisées, comme lors d’un passage où un droïde sort mot pour mot une punchline de Ripley dans « Aliens », et c’est limite s’il ne nous fait même pas un petit clin d’œil fasse caméra au passage… Ça veut dire quoi ? Ça exprime quoi ? Doit-on en conclure qu’il a lui aussi vu les autres films ? Est-il conscient d’être dans un Alien ? C’est méta ou c’est complètement con ? J’ai ma petite idée…


« Alien Romulus » ne dépasse jamais le stade du fan film, répétant une partition ultra familière sans oser proposer plus qu’un spectacle mal foutu, interprété par les pires acteurices envisageables, avec un scénario des plus indignes. Maintenant, oui, c’est visuellement abouti, la reproduction est de qualité et une ou deux séquences sont quand même pas mal. Par exemple, le droïde est vraiment réussi, David Jonsson livre une superbe prestation, tout à fait convaincante. C’est d’ailleurs le seul protagoniste qui n’a pas des réactions d’adolescents des années 2020. Car c’est là l’un des fléaux de ce film, à aucun moment on n’imagine que les personnages soient des ouvriers du futur. Ils donnent plus l’impression de sortir d’un reel Tik Tok que du futur dépeint par cet univers.


Bref, j’arrête de m’acharner sur ce gâchis global totalement à côté de la plaque. Si vous ne l’avez pas vu, je vous laisse vous faire votre avis. Si vous l’avez vu et que vous avez aimé, désolé d’être si dur avec. Mais pour moi, c’est une catastrophe, surtout pour une œuvre qui se veut maintenant être une part de l’univers « Alien » et même « Predator », depuis « Predator Badlands ». Vraiment, c’est triste.


-Stork_

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Créée

le 9 juin 2025

Modifiée

le 8 déc. 2025

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