J'ai beaucoup de respect pour Mike Leigh et son oeuvre.
Mais pour All or Nothing, je n'ai pas franchement accroché.
La primere grosse partie est comme attendue. Il sait clairement filmer avec tact et sans miserabilisme outrancier, les milieux ouvrier et besogneux et les quartiers qui les abritent.
Par contre lorsque son film passe du modes descriptif au mode introspection intrafamiliale (après l'attaque de Gary), cela vire - selon moi - au pathos et au larmoyant sans que cela ne sublime le propos.
Le scenario campe une famille anglaise ouvriere qui a du mal à joindre les deux bout : Penny la mère (Lesley Manville) est caissière au Safeway. Phil (Timothy Spall) le père est chauffeur de taxi (Sa contribution au propriétaire du taxi - centre d'appel, englouti l'essentiel de ce qu'il gagne). Leurs deux enfants sont à la même enseigne : le garcon Rory, en obésité morbide, aigri et au chômage, passe son temps avachi devant la télé. Sa sœur Rachel est aide soignante, taiseuse et accepte sans broncher les écarts à sa fonction, pour un salaire que l'on sent plus que modeste. La vie est donc dure, elle commence tôt, fini tard et rémunère peu. Le corolaire à la précarité étant un logement exigu dans une banlieue ou le corps social est peu éduqué, géré par la combine et où les enfants reproduisent (en pire) les échecs des parents besogneux. Il n'y a pas d'ascenseur social. Dans ce contexte, la famille vie de non-dis. Jusqu'au jour où Rory à une attaque en bas de l'immeuble et se retrouve à l'hôpital. Ce déclencheur va forcer les membres de la famille à se parler et révéler les reproches mutuels;
Les deux acteurs, Lesley Manville (Penny) et Timothy Spall (Phil) sont excellent. On les connait et ici ils ne déméritent pas.
Les prises de vue - souvent rapprochées des visages et des corps suggèrent et soulignent l'horizon exigue et morne de la vie de tout les jours. Les rares moments de bonheurs sont mis en doute par le fait que cela ne transparait pas sur les visages. Cet enfermement dans une condition précaire et subie est rendue de manière excellente.
Je n'ai simplement pas aimé l'évolution finale du scenario, au moment où éclatent les non-dits et où père et mère énumèrent leurs reproches, regrets et doutes. Le long métrage m'a perdu à ce moment là, j'ai trouvé à ce moment que l'ensemble basculais dans la caricature et le niais (tu ne m'aimes plus, mais si, mais non...)
Ce qui faisait la force du film jusqu'à présent : on montre sans dire (la précarité, le dur labeur, les relations difficiles, la violence...) et forcement ce que l'on voit suffit à imaginer et à mettre le spectateur dans le bain ; ce qui faisait cette force donc, est maintenant balayé car les acteurs parlent : cela devient un déballage récité qui m'a fait perdre l'envie;
La fin ne m'a pas aidé à remonter la pente;
J'en suis profondément chagriné, car à la lecture de bon nombre d'autres critiques j'ai le sentiment que cela n'a pas été le cas pour d'autres;
Il faudra bien que je le revois dans quelques années.