Quelle douche froide (on ne parle pas du déluge qu'on s'est pris pour atteindre la salle). C'est après avoir adoré Titane et trouvé audacieux Grave, qu'on allait voir avec envie le dernier film de Julia Ducournau. C'est un ratage en règles. Le concept de base (les gens qui sont touchés par un mystérieux mal qui les transforme petit à petit en statue de marbre, sans que rien n'existe pour endiguer l'épidémie) était intéressant, mais il n'est malheureusement jamais contextualisé. On a fait un petit calcul rapide (niveau 0 de Des Chiffres et des Lettres), en voyant que la petite fille a cinq ans dans le flashback où Tahar Rahim est déjà atteint par la maladie, et qu'elle en a treize dans le présent, cela fait donc huit ans (le compte est bon, bravo) que cette maladie existe au minimum, mais personne ne semble avoir une seule info dessus, personne ne sait comment elle se propage et pourtant tout le monde se colle aux malades comme si de rien n'était, on ne nous parle jamais d'études en cours ou d'un protocole mis en place par les autorités publiques... Bref, le contexte est inexistant, on n'a jamais cru à cet univers. Même lors de la vague d'inquiétude qui avait eu lieu dans les années 80 face au sida (que le film cite ouvertement, "Vous avez vu le couple d'homos, qui ne sert à rien dans le récit, si ce n'est vous diriger sur le sida ? Vous l'avez vu ?") avait laissé des marqueurs indélébiles dans la société, avait traumatisé les victimes (et leurs familles), avait provoqué le rejet d'une minorité (qu'elle soit malade ou pas), bref, avait eu un impact violent sur le monde, ici rien. On sauvera quand même Tahar Rahim, qui sauve (à son tour) les meubles, en vivant viscéralement son rôle pour lequel il a perdu beaucoup de poids, et essayant de donner de l'âme émotionnelle à l'interprétation (car, on est vraiment navré de devoir critiquer le jeu d'une si jeune actrice : mais la direction d'actrice de la petite héroïne est cataclysmique, son rôle devient vite insupportable). Au-delà de ça, l'intrigue se confine à trois décors et demi, les enjeux du scénario sont flous (on ne sait pas où l'histoire nous emmène), les scènes de rêves sont parfois difficiles à suivre (changez au moins les fringues des acteurs, qu'on capte le changement de temporalité... On a d'abord cru que l'héroïne avait une petite sœur), et une scène de fin où l'on n'a pas capté à quel moment
Alpha et sa mère sont mortes elles aussi (quand la gamine se voit elle-même dans le bus ? Quand elle apparaît dans son propre flashback ? Les scènes clinquantes estampillées "cinéma d'auteur poseur" ne manquent pas)
. Alpha est donc une foirade qui nous brise le cœur aussi durement que les espoirs qu'on avait placé dans sa réalisatrice, que l'on souhaite vraiment retrouver en forme pour son prochain film. On ira quand même voir son prochain, c'est gravé dans le marbre.