De là à considérer Alpha comme bêta, il existe forcément un delta. Il n'empêche qu'il est difficile de ne pas juger que Julia Ducourneau glisse sur une pente descendante, depuis sa splendide affirmation dans Grave et la légère déception de Titane. Chronique fantasmée des premières années du sida, Alpha semble vouloir impressionner par ses scènes paroxystiques, y parvient parfois, d'ailleurs, mais sans se doter d'un support narratif fort, éclaté entre plusieurs intrigues, dont certaines sont abandonnées en route. L'ambition, formelle, notamment, paraît évidente, mais cet esprit tragique, systématiquement, éprouve et ne suscite que trop rarement l'émotion recherchée, comme si les motifs choisis finissaient, à force de redondance, par détruire le potentiel du film. Les corps de poussière, cet état qui nous attend tous, deviennent les "héros" du film, au détriment de ses trois personnages principaux, qui auraient nécessité une écriture plus profonde et moins uniformément dramatique (avec Tahar Rahim dans la performance extrême). Dans ce monde de malades, Julia Ducournau enferme trop son action entre quatre murs, alors qu'on brûle de savoir ce qu'il passe au-dehors, dans un univers dystopique qui crée une atmosphère étrange et déjà plus intrigante. Las, elle préfère toujours revenir à des corps torturés et monstrueux, qui exhalent la solitude, la douleur et la déréliction.