Alpha de Julia Ducournau est un film qui m’a laissé partagé entre fascination et frustration. Dès le début, on nous installe un concept fort : un virus transmis par une aiguille, qui transforme les gens en pierre. Forcément, ça crée une attente, presque une promesse de film de genre assumé, mais au fil du récit, ce n’est plus vraiment ce virus qui compte. Le film se recentre sur une cellule familiale fracturée, où l’amour se confond avec le contrôle, où les blessures générationnelles se transmettent comme une malédiction, et où chaque personnage tente tant bien que mal de survivre dans un environnement précaire. Ce basculement peut désarçonner : on s’attend à une intrigue fantastique haletante, et on se retrouve devant un drame familial intimiste. Pour certains, ce sera une richesse ; pour d’autres, une déception.
La mise en scène joue sur deux temporalités, un choix audacieux mais parfois déroutant, qui m’a personnellement un peu perdu. Certaines séquences se répètent, donnant une impression de redite, et le film peut sembler stagner. Pourtant, derrière cette construction exigeante, il y a une sincérité dans la manière de traiter des thèmes universels : le deuil, la culpabilité, l’impossibilité de protéger ceux qu’on aime. Et c’est là que le film prend toute sa force émotionnelle.
Ce qui m’a marqué avant tout, c’est la performance des acteurs. Les trois principaux portent le film avec intensité, et Tahar Rahim, en oncle toxicomane, livre un rôle bouleversant, totalement habité, autant sur le plan psychologique que physique. Il apporte une humanité brute à ce récit parfois froid et déroutant. Malgré mes réserves, j’ai été profondément touché par ces instants de sincérité, où l’émotion surgit sans prévenir.
En sortant de la salle, j’avais un goût amer, car mes attentes de spectateur de genre n’ont pas été comblées. Mais en y repensant, Alpha a quelque chose de lancinant, qui reste en tête. C’est un film imparfait, parfois frustrant, mais traversé par une intensité rare. Franchement, même si j’ai été mitigé, je vous conseille de le voir, pour ses thématiques puissantes et pour la prestation de ses acteurs, qui valent à elles seules le détour.