Alpha
5.5
Alpha

Film de Julia Ducournau (2025)

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Grave n’aurait-il été qu’un heureux accident ? Un unique coup d’éclat ? On se demande… On se demande parce que le lourdingue Titane, palme d’or controversée en 2021, et aujourd’hui cet Alpha bêta, viennent sérieusement écorner le cinéma de Julia Ducournau et rebattre les cartes du désir pour celui-ci. Et si on arrivait à défendre quelques scènes et quelques idées dans Titane (et puis aussi les prestations d’Agathe Rousselle et de Vincent Lindon), pas grand-chose ne vient sauver Alpha des gouffres de l’enfer. Et l’accueil critique, catastrophique, à Cannes en mai dernier ne disait pas autre chose. Et parce que pas grand-chose ne fonctionne dans Alpha qui, pourtant, bénéficiait d’un script prometteur et de la présence d’un Tahar Rahim flippant et rachitique (vingt kilos en moins pour s’approprier le rôle).

Après Grave et Titane, Ducournau filme, là encore, une jeune héroïne prise et dans une tourmente familiale, et dans celle de la mutation de son corps (et même de son identité). Elle s’appelle Alpha (allusion pas super subtile à la génération Alpha), elle a 13 ans et vit seule avec sa mère à une époque contemporaine indéterminée où un virus mortel sévit, transformant les gens en statues de marbre. Et puis son oncle toxicomane réapparaît soudain, ravivant quelques souvenirs douloureux… Évocation des années Sida (Ducournau a puisé dans les souvenirs de ce qu’elle a perçu de l’épidémie dans les années 80-90) et d’une jeune génération lâchée face à l’inconnu et aux changements qui s’annoncent (sociaux, climatiques, économiques…), Alpha se veut (se voudrait) une sorte de parabole à la fois actuelle et dystopique de nos divers dérèglements, et un drame familial évoquant ce deuil de nos proches impossible à faire.

Mais le mélange de ces différentes pistes narratives n’est jamais probant, et le scénario de s’embourber dans d’interminables va-et-vient entre passé et présent, entre récit de l’épidémie et récit d’une famille face à la mort. À la mort qui pétrifie, littéralement (seule belle idée du film). De fait, rien ne prend, rien ne fait sens, rien ne fait matière. Ducournau se révèle incapable de créer du liant, d’élaborer une trame narrative solide en y préférant, toujours, de vaines ruptures de ton (par exemple le repas de famille, très kechichien) et des effets de style incessants. Et le film de se perdre dans une suite de scènes sans cohérence plombées par des dialogues indigents, qui s’étirent sans raison et s’accompagnent d’une musique tonitruante ou de chansons aux paroles à l’intertexte ultrasaillant. Pire : en choisissant d’entremêler, dès le départ, deux temporalités, Ducournau se sent comme obligée de les emboîter à la fin, mais sans qu’on y comprenne quelque chose.

Non pas que l’on veuille, absolument, comprendre. Avoir la main sur le narratif (au contraire : s’abandonner au mystère, au doute, à l’incertain, c’est bien). Mais ce télescopage pseudo lynchien (ou, au secours, nolanien) est, ici, plus que confus, et ne mènera surtout à rien. Et a-t-on même envie de savoir où Ducournau voulait nous mener, ce qu’elle avait en tête, tant on s’indiffère de tout ? De ces personnages sans relief, mal écrits pour certains (la mère, interprétée par une Golshifteh Farahani qui fait ce qu’elle peut pour rattraper l’affaire), exaspérants pour d’autres (Alpha, incarnée par la jeune Mélissa Boros, rarement dans la justesse). De ces quelques éclats d’un body horror comme asséché. De cette surchauffe des affects (on crie et on sanglote beaucoup, dans Alpha, à la limite on ne fait que ça). De l’ambition de Ducournau à proposer une œuvre singulière, plutôt à la marge dans le cinéma français, pour, en définitive, n’offrir qu’une ambition manquée.

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mymp
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le 29 août 2025

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