Là où je sortais de Titane en colère, face à la prétention et la vacuité crasse de l'ensemble, je sors d'Alpha triste et frustré. Et j'en suis le premier surpris.
Frustré de voir un tel potentiel gâché par des lacunes immenses, et des galères de production évidentes. Un long-métrage qui flirte constamment avec la catastrophe industrielle, notamment lors d'une première heure désastreuse.
Premier problème, et pas des moindres, la direction d'acteur est déplorable. Offrant certaines des pires performances de comédiens qu'il m'ait été donné de voir depuis bien longtemps au cinéma, en particulier pour Alpha, sa mère ou encore Adrien (l'autre jeune).
Des comédiens de toute manière plombés par une écriture calamiteuse, frôlant la mauvaise parodie à chaque instant. Obligé alors de citer le rapport global du film à l'homosexualité, qui est d'une caricature embarrassante. Le tout suppléé par une double ligne temporelle bancale, donnant lieu à certaines interprétations fondamentalement contradictoires (et donc impossibles).
Ducournau verse dans le mélo pompeux et démonstratif, appuyant en permanence les émotions à l'écran, jusqu'à l'indigestion totale. Non seulement par des lignes de dialogues boursouflées, mais aussi une gestion dérisoire de la musique, dégoulinante de bons sentiments (et de mauvais goût).
Tout n'est qu'apparat et prétextes à l'esthétisation gratuite, comme en témoigne cette approche totalement superficielle du SIDA. Hormis un concept visuel fort (et diablement efficace) de transformation en pierre, des références hasardeuses au Vent Rouge, et quelques clichés des années 80 bien éculés sur la maladie, la cinéaste française n'a absolument rien à dire de son sujet. Au point de totalement le délaisser après une heure de métrage, et de basculer sur tout autre chose.
Le film s'intéresse désormais au deuil impossible, dans une forme tout aussi ostentatoire. Grands violons, scènes de câlins à rallonge et larmes intarissables, la subtilité n'a définitivement pas été conviée au grand banquet de ce troisième long-métrage. Tout est doloriste et grossier, sans même parler des séquences clippesques qui s'invitent à la fête. On filme le malheur, partout, tout le temps, pour être certain de convoquer la pitié du spectateur.
Et le pire dans l'histoire... c'est que cette deuxième heure a plutôt bien opéré sur moi. Bien conscient de tous ces défauts insurmontables, plusieurs scènes ont toutefois réussi à m'emporter, dans un mélange de grâce et de tristesse profonde assez difficile à décrire.
Des scènes certes entrecoupées de gros ratés, qui m'ont fait rapidement redescendre sur Terre, mais qui ont bien eu un impact certain sur moi à la sortie de la salle. En dépit d'être une scénariste accomplie, Ducournau reste une technicienne solide, offrant une mise en scène et un travail esthétique pas inintéressant (même constat que pour Titane finalement).
Alors bon, tout est relatif. Ça reste bourré de choix esthétiques ringards et lourdauds, comme cette scène d'échafaudage absolument fantastique (non). De même, l'œuvre décide d'alterner sa photo selon la ligne temporelle (avec des peaux très colorées ou très pâles), sauf que le mélange paraît sacrément inabouti à l'écran. Sans même parler du rapport forcé de Ducournau au body-horror, qui poursuit son filmage viscéral des peaux, sans jamais réussir à nous faire sourciller.
Mais impossible de nier la puissance de certains concepts et trouvailles visuelles fortes. De la scène de la piscine, à ce mélange des sangs, en passant par ces tempêtes de sables ocres, il y a clairement des images de cinéma qui restent en tête.
D'où le gâchis et le regret que je mentionne en introduction. Alpha renfermait indéniablement un grand potentiel. Mais Alpha est indéniablement un grand raté.
4,5/10
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