Bonjour tout le monde,
Il y a eu GRAVE …. Puis , nous avons découvert TITANE…Ici et maintenant, c’ est ALPHA, une oeuvre cinématographique qui titille un OMEGA sidérant , de manière epsilonnienne et allégorique , de n’importe quel spectateur qui ne saurait être un bon gros bêta … Voici un lien au sujet de cette réalisatrice atypique , singulière et humaniste:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Julia_Ducournau.
Voici une assez longue citation de Julia Ducournau ,parue dans Première de juin 2025:
« ……Si l’ on s’ en tient au ressenti et au trajet intérieur d’ un réalisateur, un film n’ est jamais achevé , il est abandonné. A un moment donné, on est obligé d’abandonner le film et donc d’ abandonner au passage une part de nous - même , en acceptant de refermer une période de notre vie .Un jour , on est au mix , le lendemain, c’ est fini , on ne sait plus quoi faire de nos journées , et c’ est une sensation horrible .Si on pouvait continuer éternellement , jusqu’à la folie , on le ferait ….. ».
Ce long métrage , ambitieux, sincère et émouvant, exige une attention particulière pour tout spectateur car il dérange et pose une question essentielle, à savoir : où se niche l’ empathie et le véritable humanisme actuellement ?Que faire de la peur et de la honte , le cas échéant ?
Ce film qui se clôt de manière symbolique , onirique et tragique, convoque l’ allégretto de la septième symphonie de Ludvig von Beethoven avec brio et de manière fort à propos.
Tiens , je vous propose d’ écouter maintenant cet allegretto:
https://www.youtube.com/watch?v=vCHREyE5GzQ
Magique et magnifique pour les oreilles et l’ esprit de surcroît !
Cette œuvre cinématographique propose comme incipit, visuel et sonore , les cinq lettres du mot ALPHA sur une terre ocre foncée,sèche et crevassée , puis la peau humaine la remplace, peu à peu, et le crayon noir d’Alpha , huit ans plutôt , trace une ligne en zig zag sur la peau de son oncle , AMIN,toxicomane et magnifiquement incarné par Tahar Rahim qui , par sa prestation intense et très réaliste , pourrait écœurer tout amateur de devenir un adepte en toxicomanie .Premier atout !Au passage , Mėlissa Boros campe l’ ALPHA adolescente et sa mère , le personnage de MAMAN , est interprété par Golshiftech Farahani.Ce trio de comédiens constitue le second atout de ce film impérieux et sans concession.
Le professeur d’ anglais , qui prodigue ses cours en un lycée anodin où Alpha étudie , traite de la pensée d’ Edgar Allan Poe et , notamment, que la vie serait assimilée à un rêve dans un rêve . A cela , Alpha propose une mise en pratique lors de deux scènes liées et captivantes et qui , rétrospectivement, ressemblent à un rêve en habit cauchemardesque dans un rêve inquiétant. Troisième atout !
Un virus rôde , frappe et tue. Il est contagieux par transmission sanguine. Il n’ y a pas de remède .Il transforme, petit à petit , la peau des malades en la rigidifiant avec des marbrures , façon cratère ,tel des gisants atterrés et prostrés …L’ intelligence de Julia Ducournau est , tout en évoquant la pandémie liée au S.I.D.A. , de nous projeter dans ce monde où Alpha vit et tache de garder son empathie pour les autres et elle - même . Quatrième atout !
La mère d’ Alpha est médecin . Sur le générique , il est indiqué MAMAN ….Évidemment, la mère de toutes et de tous ! La mère qui soigne! La mère qui écoute ! La sœur d’ Amin qui sauve !..La mère de toute forme de vie ! Belle métaphore ! Cinquième
atout !
Alpha a 5 ans en 1980 puis devient adolescente , huit années plus tard . Ainsi deux périodes de temps sont montrées habilement en alternance . Il y a les invariants ( ce virus , les cours , l’ hôpital , les gestes du quotidien, et cetera …) et la vie qui va pour Amin , Alpha et Maman . Sixième atout !
Voici un lien où Julia Ducournau et Tahar Rahim évoquent Alpha:
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-interview-de-9h20/l-itw-de-9h20-du-mercredi-21-mai-2025-8299580
Et , également celui- ci:
https://www.youtube.com/watch?v=e8RhsouYC60
Mais aussi ceci:
https://www.brut.media/fr/videos/culture-lifestyle/cinema/cannes-2025-golshifteh-farahani-raconte-son-travail-avec-julia-ducournau-sur-le-film-alpha
Une grande cité de banlieue….bleue et bleuie par cette pandémie….le sol de cette bleue banlieue, lieu de vie vide et de peur inévitablement honteuse …la terre y devient ivre d’ ocre foncée en guise de couleur calamiteuse …et le vent souffle fort ..si fort ..trop fort ….MAMAN tient la main d’Amin …Elle crie en silence vers Alpha ….Elle imagine Amin …Alpha regarde…silence …le vent pourpré .. siffle …Alpha est là ….sans peur…sans honte …Le regard ferme et ouvert …Alpha , alors , peut vivre pleinement…..Juste avec simplicité…juste avec authenticité…
Voilà de quoi donner à réfléchir en regard de ce long métrage qui ne laisse pas indifférent. Je remarque que les « cotations » au sein du site SensCritique vont de 1 à 10 inclus .Bigre ! Idem en regardant les critiques professionnelles où on y lit des textes qui tentent d’assommer le dernier né de Julia Ducournau et d’ autres qui le louent ..Pourquoi? Je tente une explication : Nous tissons et vivons en une épique époque opaque et lumineuse qui ne fait point dans la dentelle dialectique et nuancée d’ une part , mais ce long métrage revêt des habits , peut - être , un peu trop provocateurs au niveau du sujet ainsi traité et de la radicalité de certaines scènes d’autre part . Cela écrit , je ne m’ explique pas complètement les immenses écarts d’ appréciation que cette œuvre cinématographique induit , suscite ou génère. Julia Ducournau a bien le droit de laisser , au moins partiellement ,le cinéma de genre pour explorer d’ autres thématiques ! Ce que je ne trouve pas du tout correct est de produire des « textes critiques » à charge unilatéralement et cyniquement, évidemment ….Pourquoi ? C’ est une femme ! J’espère que nous n’ en sommes pas encore là! Parce qu’ elle est jeune ! Cela ne saurait être une raison ! Parce qu’ elle a déjà obtenu la palme d’ or en 2021 ? Si c’ est cela, je récuse cet argument inique, salace et qui lasse , naturellement . Hé , vous ou toi , vous en pensez quoi? Tu en penses quoi ?
Mais , méditons un court propos de Julia Ducournau, en mai 2025, au microphone de France Inter :
« ….ce n’ est pas la maladie que je traite, c’ est la contamination par la peur et la honte …… ». Evidemment !
Merci pour la lecture.
Gérard Michel