Après un premier essai (Roma) à demi-convaincant, Fellini nous donne un premier chef-d’œuvre dans le genre de narration libre qu’il décide d’aborder à partir des années soixante-dix. Je ne connais peut-être pas de film qui mérite davantage le qualificatif de « poésie pure » que cet Amarcord, (« Je me souviens »), tendre et nostalgique sans être mièvre, plastiquement irréprochable, qui joue sur les souvenirs et la mémoire de l’auteur en les transfigurant de la plus belle manière qui soit par l’image cinématographique. La construction de ce récit déstructuré se met en place peu à peu par des petites tranches de vie réelle qui viennent faire irruption par l’intermédiaire de la toile à l’intérieur de notre perception des choses et des gens et s’y inscrire à tout jamais en la transformant. Les fantasmes sexuels felliniens sont exposés dans toute leur simplicité et leur banalité absolue, de même que ses opinions politiques puisqu’une bonne partie du film repose sur la dénonciation du fascisme. La campagne italienne de l’enfance de Fellini est magnifiée par des séquences inoubliables que l’on ne peut pas citer individuellement car il faudrait alors les citer pratiquement toutes. Les personnages sont attachants et drôles, la caméra est subtile et inventive et la musique de Nino Rota n’a peut-être jamais autant représenté les images de Fellini que dans ce film. Authentique génie du cinéma – à mon avis un des trois ou quatre plus grands de l’histoire – Fellini nous livre ici une leçon magistrale de son art en remplissant sa mission première, celle de rendre compte de l’humanité avec un amour sans cesse renouvelé mais toujours aussi enthousiaste et émouvant. Un film à regarder avec le cœur autant qu’avec les yeux.