Some of this actually happened
Bien plus concentrée que Silver Linings Playbook, qui avait parfois tendance à brasser trop de sujets différents pour son propre bien, la nouvelle comédie de David O. Russell arrive à marier avec bonheur tout ce qui fait le charme du cinéaste. On retrouve cette méthode très brute de filmer (parfois trop brute, on n’est pas non plus dans un film d’action) qu’il maîtrise plutôt bien depuis The Fighter, cet humour vif, acerbe et très sec qui m’a rappelé avec nostalgie Les Rois du Désert, et surtout la direction d’acteurs où le bonhomme prouve une fois encore qu’il n’a rien à prouver à personne.
Il faut avouer que les acteurs savent se débrouiller d’eux-mêmes en temps normal, vu le casting on était en droit d’attendre des sommets de ce côté-là, mais la présence d’un réalisateur méticuleux et très attaché à la puissance du jeu peut produire des miracles, ce qui est très certainement le cas ici. Les dialogues sont très bons de surcroît, ce qui ne gâte rien à la jouissance procurée par certaines discussions. Malheureusement, au milieu de cet ensemble extrêmement maîtrisé, quelques points viennent ternir le tableau ; je pense notamment à l’usage parfois farfelu des narrateurs, dont la pertinence reste à prouver lors de certains passages, ou encore aux quelques longueurs qui auraient pu facilement être rabotées au profit d’un final qui aurait gagné à être un peu moins expéditif (mais qui reste réussi malgré tout).
Sans être le film de l’année, American Hustle reste un excellent divertissement à l’ancienne, avec du glamour, une excellente prestation technique et artistique (la reconstitution des années 1970 est vraiment bien fichue), Bradley Cooper avec un tapis de poils sur le torse, pas mal d’humour et une écriture vraiment maîtrisée, ce qui manque un peu à Ocean’s Eleven pour ne citer que lui. Le film est basé autour d’un twist qu’il serait malvenu de révéler ici (et que le titre français spoile à moitié, merci les distributeurs), et qu’avec le recul je trouve plutôt bien pensé, car pour une fois le spectateur est lui aussi piégé (j’ai remarqué quelques passages où le quatrième mur était à deux doigts d’être cassé, ce qui doit pas mal aider je pense).
Ce n’est certainement pas le chef-d’œuvre de Russell, mais je dois avouer que malgré les quelques longueurs j’ai passé un très bon moment, et le film procure un excellent divertissement ; je serais bien damné de trouver grand-chose d'autre à mentionner dessus, mais dans certains cas c’est déjà largement suffisant. Ah si, dans ce film Louis C.K. se fait martyriser par Bradley Cooper et Michael Pena est déguisé en Sheik arabe. J’aurais dû commencer par là en fait.