En résulte un home invasion classique et tendu, avec ses deux valeurs ajoutées : style virtuose et audacieux (sublimant les sensations d’intrusion et de menace sourde avec des manières évoquant Panic Room, autre méta-home invasion) ; exploitation efficace d’un postulat fascinant et visionnaire. Celle-ci est toutefois limitée ; passée l’excellente demie-heure d’exposition, où le sujet est écumé et ausculté de façon synthétique et intelligente, The Purge ne sait pas dépasser les bases de son principe. Sur le terrain social et politique bien sûr (elle résout les problématiques de fond par des témoignages moraux un peu stériles ou à côté de la plaque) ; mais aussi en termes plus purement spectaculaires, où elle rate des occasions. Par exemple, le contrat tacite entre les assaillants, réunis pour tuer, pourrait être brisé ; ils pourraient s’entre-tuer et la famille les y inciter – et la loi concernant cette purge annuelle serait toujours respectée (mieux, honorée). Au lieu de ça, The Purge semble hésiter, montrer cette fatalité et la résistance qui s’y oppose, sans savoir pleinement quoi en faire, sinon la vivre en tentant de sauvegarder la vie puis l’éthique, au moins de ses héros.
Si le film est presque démuni face à ses propres idées, en se rangeant aux solutions de ses protagonistes, il sait aller au bout de ce qu’il propose et en tire les leçons et le sens politique (la sauvagerie des plus propres d’abord, puis les nantis eux-mêmes pris au piège du darwinisme social dont ils s’accommodaient à l’instar de Mary – voir dont il vivait, comme c’est le cas de James). Et à ce jeu monstrueux, The Purge est d’une habileté remarquable, transformant un programme basique de survie en métaphore vivace. Lorsque la réalité est acquise, pas de spéculations, juste la mise à l’épreuve d’une théorie et d’individus qui ont accepté, par défaut, par égoïsme ou convoitise, de rejoindre l’intolérable espace de défoulement accordé par une société anxiogène.
https://zogarok.wordpress.com/2013/08/24/the-purge-american-nightmare/