Carax a fait son opéra pop, c'est acté.
Mais ça reste une tragédie très sombre mise en scène avec une apparence faussement pop, limite kitsch, qui est vite transformée en second degré cynique et désabusé, avec une critique parodique du show biz assez marquée.
J'ai trouvé que c'était plus balisé et simpliste que les films précédents de Carax, mais il faut prendre en compte que ça a été écrit intégralement par les Sparks (Russell et Ron Mael) : scénario, textes et musique. Carax n'a fait que le mettre en image, l'habiller en rajoutant sa touche personnelle.
Comme d'habitude lorsqu'il réalise, il fait des films qui parlent de Cinéma tout en faisant du Cinéma, il y a beaucoup de citations et d'hommages, sauf que cette fois c'est plus orienté vers les arts du spectacle et la comédie musicale, les deux persos principaux étant comédien de stand up et chanteuse lyrique.
Tout est chanté, comme une opérette, mais au lieu de rester dans un ton léger, ça vire très vite à l'inquiétant puis au tragique. La musique va dans ce sens, le score orchestral est d'une grande richesse derrière une apparente simplicité, les Sparks ont écrit une pièce magnifique et un livret très fort sur les amours tragiques et le poids qu'il font peser sur les enfants qui en naissent. Il y a des aller-retours entre la ritournelle légère et de la musique assez inquiétante et plus contemporaine.
Ca parle aussi des artistes dans la performance, de la société du paraître, du show biz, du vide existentiel et de l'égoïsme.
Esthétiquement, ça ressemble étrangement à du Lynch, tant au niveau de la photo que du symbolisme appuyé.
J'en attendais encore plus, mais je ne peux pas dire que je suis déçu, c'est quand même un sacré film, une sacrée prise de risque et on n'en sort pas indemne malgré son apparente simplicité. Je pense qu'il a tout pour séduire le grand public autant que le cinéphile curieux, c'est ce que je lui souhaite en tout cas.