Les festivals ont de particulier qu'un film peut se faire acclamé ou descendre par le public selon l'ambiance de l'événement, voire selon l'humeur de ce dernier. On peut le voir notamment dans les festivals de film de genre où des films peuvent faire une impression mitigé dans un premier festival, et être une vraie révélation dans un autre. C'est le cas de En attendant la nuit de Céline Rouzet, coup de cœur personnel qui n'a pas eu bonne presse à sa sortie malgré qu'il avait fait forte impression à la Mostra de Venise et à Gérardmer 2024 où le film avait remporté le prix du jury, ou encore le film Les Maudites de Pedro Martín Calero qui était passé au PIFFF 2024 avec des retours assez correct mais dans la moyenne basse des appréciations public, mais qui à Gérardmer 2025 a remporté deux prix. Le parcours d'un film peut basculer d'un festival à l'autre, et ce fût aussi le cas avec Mars Express, film ayant reçu un très grand succès à sa sortie mais qui, à Cannes ou à Annecy, avait été accueillit froidement. Je l'avais personnellement découvert au Montreuil Festival dans une ambiance en demi teinte avec un échange parfois froid et tendu entre le réalisateur et un public tout aussi septique que moi sur la qualité du long métrage. J'avais donc des craintes quant à Arco, un film de science fiction reprenant les mêmes inspirations visuelles de science fiction à la Métal Hurlant, dans un récit qui ne semblait pas du tout propice à au dynamisme visuel que suggérait les graphismes. Pourtant, petit à petit, malgré un passage sous les radars au Festival de Cannes, le film a creusé son petit bonhomme de chemin avec des retours enthousiastes à Annecy cette année, et j'ai eu l'occasion de voir d'un œil le projet lorsque j'ai découvert les projets produits par son réalisateur Ugo Bienvenu comme Dieu est timide qui m'a été une claque esthétique et narrative difficilement oubliable. Est ce que le lauréat du Cristal du long métrage d'Annecy 2025 est à la hauteur de ses prédécesseurs comme Memoir of a snail ou Linda veut du poulet ?
Il serait se mentir que le film peut patiner et prendre son temps pour instaurer son univers et ses enjeux. Vu qu'il n'y a pas de réelles polices (malgré la vague mention d'une interdiction en début de film) ou de contraintes perceptible à ce qu'Arco reste dans le monde actuel, on est parfois perdu face à une situation qui peut tarder à mettre des contraintes et des barrières à son récit. La chose est accentué par les personnages du trio coloré qui tente de créer une tension et de l'adversité, mais dont les intentions troubles et leurs véritables natures souligne à quel point le film peut trainer son récit en longueur. Il ne faut pas que la population voit Arco ou ne sache qu'il est du futur, mais on ne comprend pas tant les conséquences qui peuvent se produire si le meilleur ami de l'héroïne vient à apprendre l'existence d'Arco. Si l'on prend plaisir à découvrir un univers futuriste, et même si le réalisateur arrive brillamment à échapper à cela durant la quasi totalité du long métrage (on y reviendra plus tard), on tombe par moment dans le problème de Mars Express d'exposer un univers et un décors en vitrine sans qu'il y ait de dialogues et d’interaction autre que le plaisir de vagabonder en mettant le récit sur pause (ce qui accentue l'attente d'une dynamique scénaristique qui peine à se dévoiler). C'est un récit qui attend à ce que tu t'émerges complètement dans l'univers pour être pleinement absorbé et passer outre un démarrage pouvant être un peu lent, le soucis est que la réalisation peine un peu à nous immerger. Si le film est magnifique et est techniquement irréprochable, le fait d'utiliser des couleurs assez vives et des contours marqués, avec une animation détaillée fait que cela ne laisse plus trop à l'improvisation. Contrairement à des films comme Sirocco et le royaume des courants d'air où l'imperfection et l'instabilité permet une forme d'exotisme et une déstabilisation qui nous pousse à regarder l'univers d'un œil neuf, ici la réalisation est presque "trop sage" pour que l'on soit déstabilisé et nous forcer à pleinement nous immerger dans l'univers. Pourtant, malgré tout cela, je dois admettre avoir été très agréablement surpris, et je pense avoir reçu une véritable leçon de cinéma.
Comme dit précédemment, malgré que le film met en scène un monde futuriste, il ne va jamais tomber dans de l'exposition mais dans de l’interaction. Nous sommes devant un portrait du monde actuel, qui cherche à être vrai avant d'être critique, et où la modernisation n'est qu'une amplification de la réalité. Le manque de contact entre la fille et ses parents est symbolisé par les hologrammes, les professeurs et nourrices sont des robots, et là où l'on pourrait croire en un discours pessimiste et dystopique, on a un discours plein d'optimisme qui dépasse la lecture simple et arrêté de son sujet. S'il y a effectivement une part critique dans ces représentations, le spectateur n'est pas "forcé" de comprendre cette critique grâce au réalisateur qui te pointerait du doigt le problème en t'indiquant que c'est mal. A l'image du personnage principal, qui croit encore aux contes pour enfants (notamment avec la scène de la lecture qui rend hommage à Peter Pan et Quelques minutes après minuit en deux plans successif brillamment réfléchit), le spectateur est considéré comme apte à rêver et à voir le monde du bon œil grâce à son humanité. On évite très vite les poncifs et les discours trop alarmistes pour suivre un parcours initiatique d'une jeune fille qui va apprendre à sauver son monde, faute de pouvoir changer son monde et/ou d'être appelée à des responsabilités qu'elle ne devrait pas avoir. Si révolution il y a, il faut qu'elle soit pensée et réfléchit avec le bon état d'esprit et en pleine connaissance de cause. S'il est facile d'appeler à la destruction dans l'espoir d'une quelconque rédemption qui peut ne jamais arriver, il est beaucoup plus dure de rappeler la responsabilité de nos actes et le besoin de la réflexion avant d'opérer des actions qui peuvent amener à aggraver la situation. L'évolution requière une responsabilité et des sacrifices qu'il faut accepter pour avancer et en cela, à travers ses personnages attachants et touchants, le film fait la part belle à l'humain et à ses capacités à être à l'écoute. Le tout est accompagné d'une musique grandiose et surprenante de délicatesse, qui nous entraine dans une aventure touchante et poétique. A plusieurs reprises je me suis surpris à avoir pratiquement la larme à l’œil face à la beauté de certaines scènes, que ce soit dans des registres fantastiques comme les tentatives d'envol d'Arco (avec une représentation des corps et du mouvement très Miyazakien que l'on peut retrouver dans l'envol du dragon dans Le Voyage de Chihiro, ou même la mutation des corps dans Le Chateau ambulant), ou même des scènes beaucoup plus terre à terre et francophone comme la scène de la fresque qui est bouleversante, ou encore la fin déchirante où l'on comprend au mieux les enjeux qui entourent le retour d'Arco chez lui.
Arco est une claque esthétique et narrative absolument prodigieuse. C'est une expérience troublante et fascinante, entre le conte et la science fiction, qui frappe par sa douceur inattendu et son amour sincères pour ses personnages. Une leçon puissante et douce sur comment représenter l’avenir, et comment l’humanité peut encore le sauver.
16,5/20
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