L’esthétique solar punk n’a, à ma connaissance, pas eu de véritable incarnation à l’écran. Il fallait bien que tout commence, et de quelle manière. Dans Arco, à la suite de l’exploitation poussée de la nature, les humains ont abandonné la surface de la Terre pour les cimes d’arbres artificiels permettant une vie harmonieuse tout en laissant la nature se reposer.
Dans ce monde vit notre héros. Il appartient à une famille de voyageurs temporels. Cependant, il est encore trop jeune pour les accompagner dans leurs excursions. Il s’agit là, bien sûr, de sa seule envie, lui qui rêve de voir les dinosaures. Il en a envie donc il le fait. L’enfant capricieux vole une combinaison et, sans crier gare, il quitte son paradis suspendu pour tomber dans l’histoire.
Celle-ci se déroule en 2075, des décennies avant l’érection des arbres d’Arco. Ce futur nous est plus familier et bien qu’encore inachevé, l’esprit solar est déjà perceptible. Toutefois, le monde n’a pas encore basculé dans l’utopie et les adultes sont en manque de temps, obligés de déléguer les tâches les plus matérielles à des robots, qui comblent les manques pratiques ou affectifs. Iris, la fille que rencontre Arco, a grandi dans cet environnement avec son petit frère Peter et son robot de maison Mikki.
Par cette juxtaposition d’époques, le film semble évoquer la perte de la totalité : dans le futur les Hommes sont séparés de la Terre ; en 2075, c’est la société qui est fragmentée. En réunissant deux enfants, symboles d’innocence, il y a une tentative de réunir deux réalités qui pâtissent chacune d’un manque complémentaire.
En cela, la grande inspiration du film est bien sûr le travail de Miyazaki, tant dans son esthétique que dans sa philosophie. Je pense particulièrement à son film le Château dans le Ciel dont Arco reprend certains motifs à sa manière.
Et comme chez Miyazaki, les robots sont esclaves et perpétuateurs des dominations d’une société capitaliste mais dans les interstices du temps et de ses conjonctures, ils se font plus humains que leur créateur. En témoigne la bouleversante scène de la caverne, dans laquelle Mikki, avant de s’éteindre, grave ses souvenirs sur les parois. Iris réalise à ce moment que présence vaut amour et que la parentalité n’est pas qu’une question de filiation.
Mais la plus belle scène du film est certainement la dernière. La réunion d’Arco avec sa famille vieillie. Il n’a disparu que quelques jours, elle a passé son existence à le chercher. Ce qui n’a été qu’un caprice enfantin de sa part a changé, dans la douleur, son rapport au monde. Le voeu d’Iris s’est réalisé d’une manière poétique pour elle mais tragique pour Arco.
La dernière fois qu’on l’apercevra, il s’en ira, flottant au milieu des siens, quittant sa rêverie d’enfant. Le spectateur restera avec Iris. Arco sans Iris n’existe pas, de même que les couleurs de l’arc-en-ciel ne sont que des fragments du blanc, à la fois chagrin et pureté.
L’optimisme du solar punk se voit tempéré par la condition tragique d’Arco. Le film se clôt sur un glissement du regard et du temps : la vie d’Iris défile. Après le départ d’Arco, tout semble lui réussir. Ses parents sont revenus, elle et Peter ont grandi et elle est devenue une ingénieure reconnue, grâce à une surprenante invention d’arbres artificiels. Mais en arrière-plan, comme sur la dernière image du film, où apparaît un arc-en-ciel, Arco est toujours plus que présent dans son monde. Même Iris, à qui tout a réussi, n’a plus toutes ses couleurs.