Atomic Blonde est ce genre de film d’espionnage qui te regarde droit dans les yeux et te dit : « T’inquiète, c’est super intelligent », avant de te noyer sous une intrigue faussement complexe, un montage temporel éclaté comme un Rubik’s Cube passé au mixeur, et des twists en mousse expansée.
Le film confond profondeur et désordre avec un enthousiasme presque touchant. On te balance des allers-retours temporels constants, non pas pour enrichir le récit, mais pour masquer le fait qu’il tient sur un post-it : des espions se trahissent, mais en manteaux stylés. Chaque twist est annoncé comme une révélation capitale, alors qu’il arrive avec l’impact dramatique d’un “ah ok” poli. Le montage est si volontairement illisible qu’on a parfois l’impression que le projectionniste a trébuché sur la timeline.
Résultat : une avalanche de dialogues pseudo-profonds entre gens très sérieux qui murmurent des trucs vagues sur la loyauté, les doubles jeux et “les conséquences”, sans jamais dire quoi que ce soit de concret. On dirait des citations LinkedIn récitées par des agents secrets sous Valium. Personne ne parle normalement. Tout le monde chuchote comme si la CIA avait installé des micros jusque dans leur âme.
Visuellement, le film se regarde dans un miroir pendant deux heures. Néons, ralentis, synthés années 80, Berlin sale mais sexy — chaque plan hurle “regardez comme je suis cool”. À force de vouloir être stylé, le film finit par ressembler à une pub de parfum très longue où tout le monde se bat au lieu de se vaporiser. La caméra aime tellement Charlize Theron qu’elle refuse parfois de filmer autre chose, comme si le reste du casting était là pour meubler entre deux poses iconiques.
Et puis il y a le problème éternel : l’héroïne taille mannequin qui démonte des ruskofs surentraînés comme des meubles IKEA mal vissés. Alors oui, c’est possible. Oui, c’est défendable. Mais à condition que ce soit extrêmement bien chorégraphié, intelligemment mis en scène et narrativement justifié. Ici, on alterne entre “elle galère, regardez comme c’est réaliste” et “elle vient de neutraliser trois types de 90 kilos avec un cintre et un regard froid”. La cohérence physique prend régulièrement des RTT.
Les méchants russes, eux, sortent tout droit du catalogue “vilains de l’Est” : mâchoires serrées, regards vides, accent de dessin animé, et une résistance aux coups inversement proportionnelle à leur temps de présence à l’écran. Ils existent principalement pour être frappés, projetés contre des murs ou servir d’argument féministe mal digéré. Enfin bref