Après des mois de chômage, Yoo Man-soo, spécialiste du papier, désespère de retrouver du travail. Jusqu’à ce qu’il décide d’éliminer la concurrence.
En contemplant sa propriété, son jardin impeccable, sa femme souriante, son fils, sa fille et ses deux goldens retrievers, l’homme ne peut qu’admettre : « J’ai tout ». Mais il suffit d’un licenciement — rouage si précieux de cette belle mécanique — pour que l’engrenage se grippe. Si cette maison-forteresse, mélange de briques et de béton, semble prête à affronter tous les dangers extérieurs, qu’en est-il lorsque la menace vient de l’intérieur ? Adieu chiens, voitures, tennis, danse, violoncelle… et morale.
On se souvient du Couperet de Costa-Gavras, fable macabre qui obligeait déjà José Garcia à supprimer un à un les autres candidats au même poste convoité. Le cinéaste coréen adapte ici le roman source, en optant pour une veine nettement plus burlesque, proche du Parasite de Bong Joon-ho. Serpent venimeux, bal costumé, dent douloureuse, art du bonsaï ou du bondage… De quoi offrir, dans une mise en scène toujours inventive, des séquences surprenantes et comiques, qui finissent hélas par lasser. Cruelle et amusante, la farce s’étire beaucoup trop, s’enlisant dans les redites et les chemins boueux de traverse.
Dans le rôle principal, Lee Byung-hun, voyeur et joueur dans Squid Game, se donne corps et âme. Ce Buster Keaton assassin, pathétique au point d’écrire ses répliques sur la paume de sa main, aime répéter qu’il est « en guerre » pour le bien-être des siens, une famille moins innocente qu’elle n’en a l’air. Il ne se tue pas au travail, mais tue pour un travail totalement aliénant au final. Avec cette excuse ultime, d’une faiblesse désarmante : « Aucun autre choix ».
(6/10)
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