De la poésie, de la musique (forte), une caméra virevoltante, des situations à la fois atroces et burlesques : voilà un film, à mes yeux plutôt réussi, qui sort des sentiers battus. Un propos métaphorique qui expose sans fard un capitalisme sans foi, ni loi. Un peu à la façon d'un Martin Mc Donagh (the banshees of Innisherin, 3 billboards), Park Chan-Wook part d'une situation banale - la lutte pour obtenir un poste bien payé dans une grosse firme - et la pousse à l'extrême. Il faut dire que Yoo Man-Soo, après avoir gouté aux bonheurs de la réussite sociale (et de tout ce qui l'accompagne : une belle femme, des enfants, des chiens, une grande maison, deux voitures neuves, des activités de standing pour Madame et la petite) se retrouve au chômage à la cinquantaine dans un secteur d'activité en plein marasme. Et que les fonds d'investissement qui en contrôlent les quelques industries restantes ne donnent pas précisément dans le social.

Alors, notre homme, menacé par la banqueroute personnelle et ne supportant pas l'idée du déclassement va ourdir un plan machiavélique pour retrouver un emploi. Qu'il va mettre à exécution - si je puis dire - non sans quelques difficultés, puisqu'il n'était guère prédestiné à poursuivre ce genre de dessein. Tout cela conduisant à une succession de scènes qui passent parfois du coq à l'âne, dont certaines très réussies, souvent originales et d'une grande diversité de registres : humour noir, poésie, mais également comédie sociale et aussi drame social. On peut parfois perdre un peu le fil, mais notre bougre de réalisateur parvient à chaque fois à réintroduire l'élément de compréhension qui pouvait manquer quelques minutes auparavant.

La fin est très réussie et expose d'une certaine manière la vanité qu'il y a à vouloir à tout prix gravir l'ascenseur social dans l'univers du capitalisme post-moderne. Des symboles sociaux en veux-tu en voilà, certes, mais tu es également coincé dans les bouchons dans ta bagnole le matin. Mais bon tu as réussi et ton entourage fermera les yeux sur les turpitudes (un euphémisme dans le film) que tu as pu commettre pour en arriver là. Et Park Chan-Wook de te faire comprendre, dans les toutes dernières images, que ce n'est pas le facteur humain, ni même les compétences et le savoir-faire qui priment dans toute cette affaire.

Marcus31
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le 22 févr. 2026

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