Creuser dans l'univers vaste du cinéma est probablement ce qui m'apaise le plus. Que ce soit pour voguer d'affiche en affiche, rêvant de ce que chaque film peut être ou écumer d'obscurs profils sur eBay, je cherche toujours à intercepter un film qui viendra me marquer durablement.
Fermons les yeux. Nous sommes en 1995, à Fukuoka, dans le sud du Japon. Il fait chaud, épouvantablement chaud. Izumi, jeune lycéenne sportive, s'entraîne d'arrache-pied pour sa compétition de natation qui arrive à grands pas. Elle rencontre même deux étudiants dans son nouveau lycée, et n'est pas insensible à l'un d'eux.
Izumi ne sait pas qu'un bien sombre présage plane au dessus d'elle. On lui prédit un accident pouvant s'avérer fatal, très bientôt. On en oublierait presque cette chaleur. Les réserves d'eau de la ville se vident à un rythme alarmant. Des passants s'effondrent dans la rue, mais loin d'avoir une insolation, on découvre avec effroi que les organes sont comme pétrifiés. Peut-être cela a-t-il un lien avec deux météorites s'étant écrasées dans les montagnes bordant la ville.
Le jour de la compétition arrive. La prédiction visait juste. Izumi plonge... et ne remonte pas. Un accident inconnu l'a plongé dans un profond coma et elle est sauvée in extremis par l'un de ses camarades de classe. Elle finit même par se réveiller quelques jours plus tard, mais est-ce encore bien Izumi ?
Comment le savoir après tout ? Comment comprendre ces évènements baignant la mégalopole dans une torpeur mortelle, à peine apaisée par les reflets bleus nocturnes ? Entre fable adolescente et sempiternels rites du passage vers l'âge adulte à de véritables considérations ésotériques sur l'identité véritable des gens et du fragile équilibre de la nature, "August in the water" est un film rare, beau et troublant, qui se paiera le luxe de ne pas forcément plaire au moment du visionnage original, mais qui prendra le temps de murir peu à peu dans l'esprit de ceux l'ayant vu - comme si les météorites du film finissaient aussi par avoir un effet sur nous.
Gakuryū Ishii n'est pas du tout un réalisateur habitué à ce genre d'oeuvre. Fer de lance du mouvement punk qui secoua le cinéma Japonais dans les années 80, on lui doit des films bien plus violents, à l'image de "Crazy Thunder Road", "Burst City", "Angel Dust" ou même des comédies satiriques bien grinçantes comme "The Crazy Family".
Pourtant ici, peu de violence. Juste cette torpeur. Ce bleu. Cet envoûtement.