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Bien sûr, la salle était pleine, surtout day one. Un autre résultat aurait été analysé immanquablement comme un signe d'échec pour Marvel. Ce qui l'était moins, c'était ce public faisant le pied de grue devant le cinéma encore fermé, plus d'une heure avant le lancement du film. Et rebelote ce dimanche, encore...

Un tel engouement pourra être vu comme un énorme pied de nez à ceux qui, depuis deux ans, s'en désolent. Ou pour une confirmation de l'attirance pour la sous-culture ou le degré zéro de ce que peut proposer le cinématographe.

Mais vous ne me lisez sans doute pas pour vous cogner ce genre de digression et vous vous impatientez. Un truc du genre : "Merde, il va en venir au fait, ou quoi ? C'est bien, Endgame ?".

Je vous rassurerai tout d'abord en vous disant que Avengers : Endgame est une fin de cycle quasi idéale... Mais quelque peu victime de la puissance de son aîné Infinity War et de ce qu'il avait suscité de over hype.

Car contrairement à Infinity War, ce qu'on peut reprocher à Endgame, c'est d'être dépourvu de ces coups de théâtre qui vous scotchent dans votre siège de manière instantanée. On a beau sacrifier un personnage bien particulier à mi parcours, la disparition, si elle constitue une petite surprise, n'aura cependant rien de l'impact de la mort de Gamora, au pif. D'autant plus que certains interprètes indiquaient depuis belle lurette vouloir faire un pas de côté.

La surprise de cet Avengers : Endgame viendra donc plus de sa structure, ainsi que sa relative absence d'action totale et vertigineuse. Une quasi première chez Marvel, alors même que les premières critiques chagrines soupirent déjà que le grand méchant studio hégémonique serait retombé dans certains de ses travers... De quoi rester sceptique, surtout quand, très rapidement dans le cheminement du film, le désir de revanche est éludé en un seul coup de hache, dans une scène montée en guise d'électrochoc... Pour mieux laisser la place à la dimension humaine et tragique du récit, les rancoeurs, les regrets et les conséquences de la perte, ranimant certaines dissensions dans le groupe, qui n'aura finalement presque jamais agi en tant qu'équipe.

On se demande donc, par instants, lors du premier visionnage du moins, où les frères Russo veulent en venir, avant de se rendre compte que les spéculations sur la résolution de la situation avaient plutôt vu juste. Oui, il sera question des mondes quantiques chers à Ant-Man et de la relativité du temps. Dans un acte central revisitant quelques scènes marquantes du MCU, ainsi que quelques univers très typés et majeurs, en forme d'à côté que beaucoup taxeront sans doute de fan service idiot. Cependant, cet axe pivot du récit sera l'occasion de recentrer la focale sur la première incarnation du groupe, tout droit tirée d'Avengers et de son climax en plein New York, tout en rappelant au fan conquis et souvent amusé la myriade de seconds rôles ayant irrigué le Marvel Cinematic Universe. Sans pour autant, pour ma part du moins, faire de l'oeil de manière trop complaisante et entendue au spectateur.

L'acte final, lui, retombe sur ses pattes et lâche (enfin), les chevaux de très efficace manière, tant la destruction et le nombre de personnages engagés soutient un spectaculaire de chaque instant. Le shoot d'adrénaline est donc garanti, même si comme d'hab', j'en entends déjà crier à l'orgie CGI. A ce titre, voir les premières critiques aigries à de quoi laisser songeur. Certes, Avengers : Endgame est loin d'être parfait. Mais l'accuser de paresse et surtout, s'étonner qu'il revienne sur ce que Infinity War a tressé a tout de la mauvaise foi confondante, ou de la naïveté la plus totale. Ou d'une certaine tartufferie que je m'abstiendrai de commenter. Car quiconque a mis la main sur l'un des events les plus récents de chez Marvel constatera que le principe a tout de l'habituel.

De la même manière, si je comprends aisément que le traitement de certains personnages puisse décevoir, il n'est que la résultante des petits cailloux blancs qui ont été semés le long du chemin.

Et de s'amuser d'entendre un personnage dire qu'il est devenu inéluctable.

Il est donc évident que Thor, pour ne citer que lui, ne sera pas au mieux de sa forme. Ou que Thanos désire achever le travail, vu que son idéal est littéralement parasité par le désir de retour à la normale nourri par ceux qui ne sont, finalement, que des hommes, dans tous leurs défauts, leurs regrets et leur entêtement à récupérer ce qu'ils ont perdu.

Cette fin de parcours aura ceci d'intéressant qu'elle débarrassera enfin le MCU de certains de ses pourfendeurs les plus acharnés. Ceux qui, dans un réflexe pavlovien, critiquent la politique Marvel / Disney à longueur de billet tout en leur donnant leur obole. Le tout avec une constance qui a tout du sadomasochisme. Car on n'est plus à un paradoxe près avec ceux-là. Ou encore ceux qui auront pris le train en marche pour mieux le dénigrer, en prenant prétexte qu'ils attendaient avec ardeur les derniers coups d'éclats de ce premier cycle.

Mais ce qu'il faudra surtout retenir de ces derniers instants de l'univers, c'est peut être cette fin, à plusieurs vitesses, célébrant l'héroïsme, bien sûr, le sacrifice, heureusement, mais qui dit aussi

qu'il n'y a pas que la mort dans la vie, surtout pour se débarrasser des super héros.


Tout en célébrant une certaine mélancolie et une pudeur que l'on ne connaissait pas,

s'achevant sur un baiser et une musique rétro.


Ce que l'on n'attendait pas pour un supposé film d'action total.

Avengers : Endgame est sans doute un peu en deçà des attentes démesurées qu'il a suscitées et entretenues. Mais le voyage proposé à travers plus de dix ans et vingt deux épisodes impose le Marvel Cinematic Universe comme une immense tapisserie moderne, une fresque multiple et dense qui a tenu ses promesses, malgré les critiques acerbes. Endgame écrit à l'évidence les derniers mots d'un sommet d'entertainment,d'un formidable cycle à l'issue duquel Marvel semble vouloir rebattre les cartes, parfois de manière assez surprenante dans son approche.

Endgame constitue donc la dernière pièce d'un immense puzzle qui présente quelque chose d'historique. Certains poufferont certainement à la lecture de cette dernière phrase. Peu m'importe. Car s'ils considèrent que le MCU n'a rien d'artistiquement stimulant pour eux (ce qui serait déjà à démontrer), il se montre cependant vertigineux dans sa longévité, dans l'appréhension de son média d'origine et dans son succès presque jamais démenti.

Tout ce qu'il faut retenir, c'est que Endgame referme ce livre d'une excellente façon, de manière noble et tendre. Et tandis que la fin de la route se profile pour certains, et que d'autres font un pas de côté ou voient leur horizon s'élargir, cette dernière oeuvre achève d'inscrire ses (super) héros au firmament. Dans une fin qui fait partie du voyage. Un bien beau voyage que Marvel nous a offert durant ces onze dernières années.

Merci.

Behind_the_Mask, des pressions et dépote.

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