Concernant le film des Backrooms, c’est vrai que j’ai eu quelques inquiétudes...

Je ne me suis pas intéressé plus que ça à la sortie du film. Je savais que la personne qui travaillait dessus était carrément légitime à le faire, puisque, comme beaucoup de monde, je regarde les vidéos de Feldup, je m’intéresse un minimum au sujet, et je cherche même parfois à aller un peu plus loin pour connaître l’horreur d’internet... Je dois aussi avouer que, pour avoir été très friand et très client des creepypastas, c’est un projet dans lequel j’avais envie de mettre un peu d’argent.


Ceci dit, les Backrooms, d’habitude, je n’aime pas ça.

Je trouve que c’est vraiment un concept un peu de merde, dans le sens où il existait déjà les SCP, et les SCP, c’était déjà assez moyen créativement parlant. Les Backrooms, j’ai l’impression que c’est encore dix crans en dessous. Ce qui est intéressant, c’est ce que fait Kane Pixels, avec les œuvres que Feldup a pu étudier un minimum, en nous montrant un artiste qui sait jouer avec l’esthétique liminale.

Mais à part ça, c’est vrai que, moi, les Backrooms, je trouve que ça n’a vraiment pas des masses de potentiel. Alors sont-ils arrivé à faire de l'or avec une telle base? Franchement oui!


En rentrant dans la salle de cinéma, en voyant une masse de gamins et de très jeunes adolescents arriver, je me suis dit que j’avais peut-être des centres d’intérêt et des passions bien basses. Mais ce n’est pas grave, j’ai quand même pu profiter du film, et j’en suis ressorti franchement émerveillé.


Déjà juste au niveau de la direction artistique et de l'atmosphère...

Il faut le dire, là, le travail a été fait et il a plus qu’été bien fait. J’y ai vu beaucoup de références à l’horreur d’internet, à l’horreur liminale, notamment avec cette scène de poursuite à la fin qui fait énormément penser à La Maison des feuilles. (tout comme le projet d’explorer les Backrooms avec une corde.) C’était vraiment plutôt bien senti, et on voyait que le travail allait être très sérieux de ce côté-là.

La direction artistique et l’angoisse architecturale sont vraiment les plus gros points forts de ce film. J’y suis aussi allé en me demandant ce que pourrait en penser quelqu’un qui ne connaît rien aux Backrooms, et je trouve qu’ils ont été extrêmement créatifs. Le point fort, et je pense qu’il fera l’unanimité, c’est que le long-métrage a une vraie capacité à matérialiser l’atmosphère suffocante de l’univers d’origine. Jamais les Backrooms n’ont été aussi bien représentées, que ce soit dans les petits projets qu’on peut retrouver sur YouTube, dans des courts-métrages ou dans des jeux vidéo.


D'ailleurs moi qui peut souvent être à la recherche d'oeuvre liminale, pour l'heure, celle-ci est l'une des meilleures, ni plus, ni moins. C'est dire si la direction artistique est au top!


Ici, on est vraiment dans l’enfer des Backrooms. Il y a clairement une restitution de la grammaire visuelle, avec ces éclairages fluorescents bourdonnants, ces moquettes géométriques jaunies, ces enfilades de pièces vides qui créent une véritable angoisse, avec parfois des déformations dans les meubles, dans les entités, dans les pièces elles-mêmes. Et vraiment, j’ai été conquis de bout en bout. Je consomme moi-même beaucoup d’artistes indépendants qui s’amusent à faire des créations autour de l’univers liminal, et là, clairement, j’ai l’impression qu’on est sur du très, très haut niveau. On ressent l’inconfort d’un escape game torturé, où la peur naît du vide et du décalage de l’environnement plutôt que de l’action.


Mention spéciale aussi au contexte avec ce marchand de meubles, dans le rôle de Clark, qui livre une interprétation vraiment extrêmement bonne. Que ce soit au début, dans la dépression qu’il semble porter sur son visage, au milieu, pendant qu’il explore les Backrooms avec cette peur subtile, mais aussi teintée par une envie de découverte, ou à la fin, avec le moment où il sombre dans une espèce de folie. Vraiment, cet acteur a été exceptionnel de bout en bout. Son jeu est terriblement subtil, sa justesse donne du corps au récit et empêche l’œuvre de se résumer à une simple démonstration esthétique.


Pour revenir sur le réalisateur, le bon Kane Parsons, on était carrément en droit de s’attendre à quelque chose d’excellent malgré son très jeune âge. Avec le succès qu’il avait eu grâce à sa web-série originale, on pouvait déjà se dire qu’il avait quelque chose. Mais là, clairement, il a atteint une vraie maturité derrière la caméra. Il esquive la facilité des habituels jump scares pour instaurer une horreur diffuse. La peur s’installe lentement, par la suggestion et par la perte de repères, laissant l’imagination du public combler les zones d’ombre.


On croit apercevoir quelque chose dans un coin de l’écran, et entre les passages où la caméra se permet des angles de vue vraiment ultra pertinents et d’autres où l’on est davantage en POV, je dois avouer qu’il maîtrise clairement son sujet. Peu importe la place dans laquelle il nous met, on ressent la peur, et on a envie d’explorer plus loin ce genre d’univers. J’ose même dire qu’avec autant de soin apporté au projet, je rêve et je prie tous les jours pour qu’une suite soit directement en train d’être produite. Parce qu’avec un tel essai, je ne peux pas espérer autre chose.


Alors bien sûr, j’en lis déjà certains qui vont me dire qu’il y a quelques longueurs scénaristiques. Je ne trouve pas du tout, puisque le démarrage, qui peut être parfois pointé comme banal, m’a au contraire semblé vraiment extrêmement pertinent. Il nous montre des personnages très bien décrits, avec même de petites astuces de mise en scène vraiment dignes de ce que peut faire de mieux A24.


Là où je serais peut-être un peu plus d’accord avec la critique, c’est sur la question des entités et des monstres, qui peut poser un petit peu question. En effet, je vois quelques puristes de la légende d’internet regretter l’absence de créatures emblématiques. Et paradoxalement, moi, j’ai trouvé ça excellent, puisque les créatures emblématiques du monde des Backrooms sont vraiment inintéressantes. Ce sont vraiment des trucs de gamins, et même, j’ose le dire, un truc de décérébrés sans imaginations qui se sont servis dans ce qu'ils consommes dans les jeux vidéos... Donc parfais de recréer la mythologie, en étant sur quelque chose de plus "proche de nous".

Cependant...

Ici, les monstres sont difficilement compréhensibles. Ils attaquent, puis parfois plus du tout. Et finalement, à la fin, on se rend compte que oui, c’est ultra violent, mais finalement pas tellement et que ça se gère plutôt facilement. Heureusement que le reste du film m’a vraiment happé, parce que cette partie-là m’a terriblement perdu. Je trouve même que s’ils en avaient fait un poil plus, ils auraient pu clairement gâcher l’angoisse architecturale qu’il y avait autour du projet.

Et c’est franchement dommage.


Ceci dit, pour le reste, moi, je n’y vois que des points positifs. Oui, ils laissent beaucoup de zones d’ombre, mais comme on aime ça en général dans les œuvres horrifiques, ça laisse même la place pour des suites qui pourraient en dévoiler encore un petit peu plus, tout en ajoutant de nouvelles zones d’ombre. Je trouve qu’ils sont en train de réécrire une nouvelle forme de la légende des Backrooms, de manière bien plus mature, bien plus maîtrisée, un peu comme le jeu vidéo Control avait pu le faire avec SCP, mais en dix crans au-dessus.

C’est du très bon travail, et j’invite vraiment beaucoup de monde à aller le voir, parce que ces derniers temps, les films d’horreur semblent nous proposer pas mal de bonnes pioches, et celui-ci en fait franchement partie. Par pitié, j'espère qu'une suite pourrait un jour sortir, il faut que ce jeune réalisateur puisse continuer à faire des films!

KumaCreep
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le 17 juin 2026

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KumaCreep

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