5
3187 critiques
Dead end suite
Quelque chose, peut-être, se joue en ce moment même dans les salles : les succès d’Obsession et de Backrooms voient débouler de jeunes réalisateurs ayant fait leurs armes sur YouTube, et capables,...
le 18 juin 2026
Il est assez encourageant de découvrir avec ce Backrooms que le jeune Kane Parsons entouré de A24 à la production ont fait le choix plutôt appréciable de ne pas virer dans ce que nous pouvions attendre d'un tel projet, à savoir, le genre de l'elevated horror. Le long-métrage me semble bien loin des productions précédentes qui ont popularisé la boîte de production avec l'aide de leurs éminents poulains (je pense à Ari Aster et Robert Eggers spécifiquement).
Des propres aveux de Parsons, faire de Backrooms un film proprement horrifique n'était d'ailleurs pas un objectif en soi car le jeune cinéaste semble être bien plus intéressé par les concepts de SF. Pour autant, l'angoisse occupe tout de même une place centrale dans l'oeuvre. Existencielle et incidieuse, elle dévore les deux personnages principaux et hante chaque décor, illustration à peine voilée de notre épidermique besoin de combler le vide qui sommeille en chacun de nous (par la reconnaissance, ou l'amour de nos semblables et l'accumulation d'objets).
J'oserais donc m'avancer sur l'argument suivant : Backrooms n'est pas qu'un film d'horreur. Ce qui m'a fait instantanément penser à Lynch et sa faculté à faire naitre l'effroi sans que ce soit le moteur de ses films. Même si Backroom n'a presque rien de lynchien (et emprunte bien plus à Kubrick et son Shining), Kane Parsons épaulé par le scénariste Will Soodick ont bien compris qu'avec un tel matériel de base, la peur émanerait de l'étrangeté des situations, de ces espaces et des personnages qui les habitent. Le travail du son et notamment la bande originale composée par Parsons himself et Edo Van Breemen contribue également à installer un malaise. Les arrangement disonnants mêlés aux nappes sonores épousent parfaitement la mise en scène constituée de nombreux travellings, traduisant pour moi les deux grandes inquiétudes qu'évoquent les Backrooms : celle de s'y perdre et celle d'y rencontrer quelqu'un ou quelque chose.
Je pense que le film trouble plus qu'il n'effraie. J'en tiens pour témoin ce dernier plan plutôt cryptique et toute la séquence d'interrogatoire entre le personnage de Mary et le scientifique Phil qui est tradionellement le moment où la vérité éclate. Mais dans l'univers imaginé par Kan Parsons, les Backrooms n'existent pas pour répondre aux interrogations des spectateur.ices (il serait d'ailleurs suicidaire de même l'envisager). Elles sont là plutôt pour nous déstabiliser, nous amener vers des chemins de traverses et nous laisser les investir quitte à perdre pied (ce qui se produira pour l'un des personnage).
Le parallèle avec les objets du quotidiens, les meubles qui occupent nos intérieurs, est en ce point plutôt pertinent et malin. À l'instar des Backrooms, ils acquièrent un statut, un rôle et se destinent en ce que les personnes y projettent lorsqu'elles s'en saisissent. J'ai par contre quelques réserves sur la manière dont cette idée est transposée à l'intérieur des personnages de Mary et Carl. La caractérisation des deux protagonistes (notamment les nombreux stéréotypes définissant Carl) s'articule trop litérallement avec leur quête de sens. Très vite, les enjeux sont identifiés et tandis que la tentative de conclusion concernant Carl m'apparait un peu trop grossière et expédiée (SPOILER : il échoue en tombant dans la folie), pour l'autre, elle est ou bien totalement absente ou bien ne mène juste à rien (en tout cas ce n'est pas très clair pour moi, vous l'aurez compris).
Ces quelques points qui sont plutôt de l'ordre du détail voire de l'anecdotique, ne viennent en rien gâcher le plaisir du visionnage. Car Backrooms est bien plus une oeuvre sensorielle et génératrice d'interprétations qu'un objet narratif. Ce que souhaitait Kane Parsons, c'était d'explorer son univers par la loupe du cinéma et hanter à nouveau nos esprits. C'est à présent, chose faite, et de quelle manière !
Créée
le 20 juin 2026
Critique lue 6 fois
5
3187 critiques
Quelque chose, peut-être, se joue en ce moment même dans les salles : les succès d’Obsession et de Backrooms voient débouler de jeunes réalisateurs ayant fait leurs armes sur YouTube, et capables,...
le 18 juin 2026
5
2399 critiques
Tout d’abord, une petite précision : je ne connais absolument pas l’œuvre antérieure du youtubeur Kane Parsons (ou Kane Pixels !) — oui, quand on pense à ce film et aussi à l’excellent Obsession de...
le 18 juin 2026
8
1492 critiques
Il y a effectivement dans Backrooms de quoi en perdre son latin. Parce que le masqué a déjà failli quitter la salle en hurlant à l'escroquerie, devant les premières scènes shootées en found footage...
le 20 juin 2026
4
84 critiques
"Exodus" signe le retour de Ridley Scott, 14 ans après "Gladiator", au genre qui avait donné un second souffle à sa carrière, le Péplum. Genre exploité rarement dans le cinéma contemporain, Scott...
le 20 déc. 2014
7
84 critiques
Après le très bon Rundskop, Michael R. Roskam nous offre cette fois un film noir outre atlantique. "The Drop" est adapté du roman "Animal Rescue" de Dennis Lehane ( c'est à lui que l'on doit "Mystic...
le 28 sept. 2014
6
84 critiques
Alors que nous vivons des temps tout à fait inédits, le cinéaste suédois, Roy Andersson, revient au cinéma avec un projet qui rappelle ses précédentes œuvres... peut-être trop même En ces heures...
le 17 août 2020
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème