Il y a des concepts qui semblent conçus pour Internet et d'autres pour le cinéma. Les Backrooms appartiennent sans doute à la première catégorie. La web-série avait réussi un petit miracle : transformer une simple photographie de bureaux jaunâtres en l'un des univers horrifiques les plus fascinants de ces dernières années. À partir de rien ou presque, elle faisait naître une angoisse diffuse, celle de se retrouver coincé dans un lieu qui semble familier tout en étant profondément étranger. Un cauchemar d'architecte d'intérieur, en somme.


Le film, lui, tente de transformer cette idée en long métrage et découvre assez rapidement ce que beaucoup d'adaptations apprennent à leurs dépens : une bonne idée n'est pas forcément une histoire.


Pourtant, les premières minutes fonctionnent. On retrouve ces espaces liminaires qui ont fait la réputation de la série : des lieux vides, silencieux, suspendus entre deux réalités. Des endroits qui semblent avoir été abandonnés cinq minutes avant notre arrivée ou qui n'ont peut-être jamais été occupés. Dans la web-série, chaque pièce devenait un mystère. Chaque couloir ouvrait la porte à l'imagination du spectateur. Le vide avait une présence.


Ici, paradoxalement, alors que le budget est supérieur et les moyens plus importants, ces espaces perdent une partie de leur pouvoir de fascination. Le film les montre davantage qu'il ne les suggère. À force d'accumuler les décors, il finit par banaliser ce qui faisait leur force. Les Backrooms deviennent parfois de simples couloirs un peu moches dans lesquels des personnages errent en attendant que le scénario se souvienne de leur donner quelque chose à faire.


C'est d'ailleurs l'un des grands problèmes du film : il semble persuadé que l'atmosphère peut remplacer le récit pendant deux heures. La série pouvait se le permettre parce qu'elle reposait sur un format court, presque expérimental. Un épisode de quelques minutes pouvait laisser le spectateur sur une image inquiétante ou une idée intrigante. Un long métrage, lui, doit maintenir l'intérêt sur la durée. Or le film peine régulièrement à justifier son existence au-delà de son concept de départ.


Les personnages n'arrangent rien. Ils sont là parce qu'un film a généralement besoin de personnages, mais le scénario semble entretenir avec eux une relation purement administrative. Le spectateur apprend quelques éléments à leur sujet, juste assez pour distinguer les noms sur la feuille de présence, mais rarement suffisamment pour s'y attacher réellement. Le résultat est assez étrange : on passe beaucoup de temps avec eux sans jamais vraiment avoir l'impression de les connaître.


Même constat concernant la menace. Là où la série excellait dans l'art de suggérer une présence inquiétante hors champ, le film choisit d'être plus explicite. Une décision qui aurait pu fonctionner si cette menace s'était révélée mémorable. Malheureusement, elle s'avère plutôt décevante. À vouloir montrer davantage, le film finit par réduire une partie du mystère qui faisait toute la force de l'univers. Comme souvent dans l'horreur, l'imagination faisait mieux le travail.


Le plus frustrant reste sans doute le manque d'ambition dans l'exploration de son propre monde. On pourrait croire qu'un long métrage consacré aux Backrooms profiterait de sa durée pour approfondir leur logique, leur origine ou au moins leurs implications. Au lieu de cela, le film préfère souvent effleurer ses idées avant de passer à autre chose. Il évoque des thèmes intéressants liés à l'isolement, à la perte de repères ou à la nature même de ces espaces liminaires, mais sans jamais vraiment les creuser. Tout reste à l'état d'esquisse.


À la fin, on ressort avec une impression curieuse : celle d'avoir passé près de deux heures dans les Backrooms tout en ayant appris relativement peu sur elles. Le film accumule les promesses sans réellement les concrétiser. Il traverse son propre univers comme un touriste pressé qui photographie tous les monuments sans jamais entrer dans les bâtiments.


Le résultat n'est pas catastrophique. Le film se laisse regarder et conserve par moments cette étrangeté si particulière qui a fait le succès de la web-série. Mais il reste constamment en surface de son sujet. Là où la série transformait un simple couloir vide en expérience quasi métaphysique, le film transforme parfois une expérience quasi métaphysique en simple couloir vide.


Une adaptation qui n'est jamais désagréable, mais qui rappelle surtout que certains labyrinthes sont plus fascinants lorsqu'on ne cherche pas à les agrandir.

Nash_Tulsa
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le 18 juin 2026

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Nash Tulsa

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