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Dead end suite
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le 18 juin 2026
Backrooms est le nouveau phénomène ciné du transfuge Youtube Kane Parsons, qui signe ici son premier film avec une belle assurance. Le film est un énorme succès critique et commercial, et je lui trouve moi-même pas mal de qualités, mais je n'en suis absolument pas la cible.
Pour commencer, il est à l'intersection de deux styles d'horreur qui ne me touchent pas : le creepypasta et les liminal spaces.
Un creepypasta est une légende urbaine horrifique diffusée sur Internet et l'équivalent moderne des petites histoires qu'on se racontait le soir entre gamins pour se faire flipper. J'étais déjà adulte quand ce folklore est devenu populaire vers 2010, et tout ce que j'en ai exploré m'a plus ennuyé qu'effrayé (notamment le très réputé Marble Hornets).
Je suis plus mitigé sur les liminal spaces. Quand c'est bien utilisé, comme dans la série Severance, c'est une esthétique que j'apprécie et qui crée une certaine étrangeté. Quand c'est mal utilisé (Exit 8, et 90% de ce que j'ai vu sur le sujet), c'est juste des décors vides et chiants. Une quantité effarante d'internautes prétendent être terrifiés par ces espaces : peur d'être perdu, malaise existentiel, claustrophobie, et j'en passe. Pour moi, on est entre le mauvais level design (ces jeux aux intérieurs vides et mal foutus qui ressemblent à de mauvaises imitations de la réalité) et la génération par IA (ça a l'air ok de loin, mais plein d'anomalies si on les regarde de près), et rien de tout ça ne fait peur.
o o o
Pour cette raison, Backrooms ne m'a malheureusement pas fait peur. Ses déambulations montrent de jolies images, mais je ne me suis jamais senti perdu ou désorienté. Il y a quelques scènes de tensions et des personnages poursuivis par des monstres, mais la sauce ne prend pas car le film dévoile ses créatures trop vite et explicitement, en les montrant en pleine lumière jusqu'à leur faire perdre tout mystère. On aurait pu se consoler avec un peu de violence ou de gore, mais presque tout est hors champ et le film est sagement interdit aux moins de 12 ans.
À défaut de faire peur, Backrooms aurait au moins pu être tendu et stressant, mais son rythme ne le permet pas. Deux heures, c'est généralement beaucoup trop long pour un film d'horreur, surtout quand on vient du format Youtube court, et le concept n'a pas le souffle pour un tel gabarit. Il est aussi desservi par des personnages bien peu attachants, que ce soit Renate Reinsve (bien jolie, bien lisse, rien à foutre de ce qui lui arrive) ou Chiwetel Ejiofor (rendu bien antipathique dès le début du film, et ça se confirme).
À défaut d'être tendu et stressant, Backrooms aurait pu être étouffant, et c'est à mon sens la plus grosse occasion manquée. Le film n'exploite que très peu l'aspect labyrinthique de couloirs qui s'étirent à l'infini et dont la configuration peut sans cesse changer. On a droit à quelques séquences trop rapides où les protagonistes passent par divers 'biomes', mais on a aucune notion de temps ou d'espace. On ne sait pas combien de temps ils errent là-dedans, on a jamais le temps de se dire "merde, comment il va retrouver sa route", "il est revenu sur ses pas, il devrait pas être là", ou encore "c'est beaucoup trop grand, il va crever de faim avant de réussir à sortir". Hormis quelques fulgurances visuelles, ces backrooms m'ont paru trop étriquées et prévisibles pour créer le malaise qu'un tel espace devrait susciter.
Le plus gros échec est d'avoir fait reposer la tension sur des monstres plutôt que sur l'espace lui-même dont la mise en image est pourtant très réussie.
[SPOILER]
Enfin, parlons un peu du moment où le film vrille en pseudo Silent Hill 2 et balance un imbroglio psycho-analytique sur un concept qui n'en avait absolument pas besoin. On a droit à une scène d'exposition maladroite où le protagoniste explique que le gros monstre, c'est lui, et on découvre que les petits monstres sont des matérialisations de ses névroses, de son ex, de son pulsions agressives, etc.
Si j'avais été un minimum impliqué émotionnellement par le film, je serais en train de creuser ces pistes pour approfondir les interprétations, mais je dois dire qu'hélas, on s'en cogne un peu, et l'irruption d'une symbolique aussi directe casse tout le mystère que le film avait fait naitre : ces espaces inexplicables, ces créatures entrevues... Tout nous est montré frontalement et expliqué vulgairement, en cassant à mes yeux l'attrait des Backrooms qui me plaisaient tant qu'elles étaient abstraites et insaisissables.
Et si vous n'aviez pas eu assez d'exposition fourrée à l'entonnoir, le film en remet une couche avec une scène finale dans laquelle un scientifique nous réexplique bien tout ça, tandis que l'héroïne paraphrase l'analogie du début ("describing a dog to a person who has never seen one before and asking them to draw it") si jamais votre cerveau détruit par TikTok l'avait déjà oubliée.
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Créée
le 1 juil. 2026
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