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Ça ressemble à du grand n'importe quoi, mais ça frôle parfois le bon n'importe quoi. C'est l'une des expériences les plus glauques et malsaines que j'ai connues au cinéma — un film né d'un esprit torturé qui incarne, de façon radicale, le malaise. Tout est dérangeant et confine au célèbre concept freudien d’inquiétante étrangeté, ce malaise troublant car familier.
Parti de peu, Backrooms ambitionne d'être un vrai film, pas une simple transposition de son format YouTube ni du found footage classique façon Blair Witch ou Paranormal Activity. Son ambition thématique tient dans la dialectique entre le monde réel et celui des arrière-salles : que dit ce monde vide et bizarre de notre réalité ou de la perception de nos vies ? La claustrophobie y est totale — meubles encastrés, couches superposées, couloirs sans fenêtre ni issue — comme autant de représentations d'une société de consommation qui écrase l'individu. Le film m'a rappelé les espaces labyrinthiques de Cube (1997), tout aussi avare d'extérieur.
Mais l'absence de résolution claire, saluée par beaucoup, me semble plutôt une facilité qui nourrit les théories des fans sans jamais prendre de risque. Le dénouement, hésitant entre explication et étrangeté pure, se referme trop abruptement pour convaincre : le film en dit trop, ou pas assez.
Malgré tous ses défauts, sans doute inhérents au genre qui le caractérise, Backrooms se vit assurément comme une expérience cinématographique, novatrice et radicale. Le son et l’image revêtent une importance capitale dans ce dispositif qui ne peut pas laisser indifférent. On ne pourra pas reprocher à ce film de ne pas avoir soigné son esthétique ou de ne pas laisser d’ingénieuses idées de mise en scène (à l’instar d’une scène du début, hautement symbolique, où l’on croit que la mère et sa feuille vont être écrasés par des gravats). De bout en bout, Backrooms jongle très intelligemment entre la vue subjective, propre aux formats Internet ou au monde du jeu vidéo, et la caméra traditionnelle. On prend plaisir à passer de l’une à l’autre, car le style “found footage” a déjà connu ses heures de gloire ; cela aurait été une erreur de ne privilégier qu’une des deux possibilités. Au contraire, le film déploie plusieurs styles et plusieurs angles qui poussent l’horreur à un degré fascinant, quoique troublant…
Créée
le 12 juil. 2026
Critique lue 4 fois
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