Difficile d'entrer dans un film qui érige le sordide en principe esthétique. Ce n'est pas tant que Rolf de Heer entende choquer le spectateur dès l'entrée, en commençant sur un inceste. Mais c'est plutôt cette austérité, bande-son bruitiste et dialogues quasiment inexistants, une sécheresse qui renforce l'impression de saleté et de sordide.
Même quand Bubby sort de chez lui, on est enfermé dans sa tête, à travers la vision déformée qu'il a du monde. Un procédé assez facile, j'ai trouvé, en ce qu'il justifie n'importe quel côté décousu.
Pour autant, Bad Boy Bubby révèle au fur et à mesure de réelles qualités. Dans un univers si glauque, les étincelles d'humanité se retrouvent magnifiées du fait même de leur présence si rare. Le sourire d'une miopathe ravie d'être enfin compris suffit alors à faire naître une émotion disproportionnée.
La belle idée du film, c'est peut-être cette façon qu'a Bubby de communiquer, en n'utilisant que des phrases qu'il a déjà entendu. Façon de montrer qu'il ne comprend pas le monde? Pas vraiment. Car au moins les utilise-t-il à bon escient. Peut-être plus de montrer qu'il n'a pas sa place en ce monde, au point qu'il n'arrive pas à créer un sens qui lui soit propre. Comme un enfant, il en est réduit à mimer l'adulte.
Mais cette idée gagne une très belle résonnance dans les séquence de rock. Outre le fait qu'il est jouissif de voir la salle se trémousser sur ses soliloques gênants, la répétion par une foule enthousiaste singe à son tour l'imitateur, en une boucle qui inclut alors Bubby : c'est ainsi qu'il trouve sa place dans le monde.
En restant un enfant.
En voilà une belle idée, simple et efficace, complètement intuitive.
On pardonnera dès lors des lourdeurs trop appuyées, comme la scène chez les parents de l'infirmière.
Cela ne se voit pas d'emblée, mais en définitive Bad boy Bubby s'avère un film humain.