Les 10 premières minutes, j’ai pas trop capté, j’ai cru que les bobines avaient été mélangées, ensuite je me suis dit que c’était chelou ce truc, on aurait dit un film Z amateur tourné avec du matos qui coûte une blinde, et puis le rythme s’est installé et le film est devenu franchement amusant, par sa décontraction totale et sa nonchalance communicative.
Je dois admettre que la scène avec les skinheads et le petit gauchiste réfugié sur le toit d’un abribus a fait son effet, j’avais pas vu une scène de skins aussi rigolote depuis, allez, Halal Police d’État ? Ramzy est impeccable, je l’avais pas vu aussi bon depuis, quoi, Halal Police d’État ? Pour le reste, je dois admettre que le concept fait mouche (on en reparlera) et l’amateur de films de bagarres en langues dravidiennes que je suis a bien noté la proximité évidente que Bagarre entretient avec un film comme, par exemple, Thallumaala. Il y a la même célébration joyeuse de la châtaigne et du marron. Alors, certes, le bal des ramponneaux que nous propose le film de Royal est, certes, coloré, mais reste nettement moins virtuose que la farandole de bourre-pifs du film de Khalid Rahman. Peut-être parce qu’au niveau musique et ondulations, les Indiens nous ridiculisent sans débat. De la même manière, Nassim Lyes, aussi sympathique soit-il, fait quand même pâle figure face au charisme de maboul que déroule la goule turbo merveilleuse du super choupinou Tovino Thomas. Mais soit, dépassons le jeu des comparaisons, c’est de plus bien injuste car la réussite du film repose en grande partie sur les épaules de Lyes, sur son sens comique et sa capacité remarquable à distribuer des tourtes.
Prenons donc Bagarre pour ce qu’il est – une aimable pochade où les vannes de stand-up sont ponctuées par une constante tartinade de mandales ! Derrière Lyes défile toute une ribambelle de jeunes gens qui viennent faire leur numéro les uns après les autres. J’imagine que tous ces gens sont connus, j’ai jeté un œil sur Wikipedia et, effectivement, ils ont tous des pages Wiki longues comme le bras étalant des CV particulièrement baroques, peuplés de films dont j’ai jamais entendu parler, de trucs dont je sais même pas ce que c’est et d’autres choses qui ne m’évoquent absolument rien. Par exemple, j’en prends un au hasard, le chef des skins c’est Ragnar le Breton, « humoriste et champion de MMA » ! Bigre ! « Et comment fait-il pour remplir ses déclarations d’Urssaf », me souffle-t-on dans mon vieux cornet de Boomer !? Bref, j’ai quand même compris que le film jouait pas mal sur ce défilé de vedettes et de caméos rigolos, mais j’étais largué complet. Tout ce que je peux dire, c’est que chacun vient tricoter son petit numéro avec application et que, globalement, tout ce beau monde est raccord, composant un cheptel de personnages cohérents, tous contents d’être là et tous vaguement rigolos. C’est coloré et dynamique et le message d’amour et de réconciliation permet d’offrir une conclusion responsable, apte à réunir la famille entière autour d’un message positif. C’est plutôt bien vu et, pétri de cette charmante positivité, accompagnée en plus par des gags sur des skins et des pieds qui puent, comment ne pas penser à La Vengeance de Morsay ?!
Aussi, si j’avais salué le concept du film, qui m’évoquait ces films du Kerala qui proposent de joyeux festivals de baffes et de torgnoles, comment ne pas s’incliner face à l’emprunt, le clin d’œil ou l’hommage que Julien Royal rend au merveilleux Eega de SS Rajamouli en faisant intervenir une grosse mouche lors de sa grande baston générale. Un geste qui finit de rendre toute cette entreprise absolument adorable. Sinon, j’ai bien rigolé aussi sur la musique, me disant qu’ils avaient dû s’amuser à composer tout ça, et puis je me suis rendu compte que les morceaux existaient vraiment. Du coup, je sais pas si c’est au premier ou au second degré qu’ils ont placé les morceaux et je me suis donc demandé si, finalement, j’avais toujours rigolé au bon endroit, créant, in fine, une certaine et troublante proximité avec le personnage principal.