Entre la fiction et le documentaire, le film peut surprendre par sa forme, surtout si l'on s'attend à voir ce qu'il n'est pas, du cinéma.
Car le vrai sujet du film est ancré dans la réalité politique de l'Afrique, bien loin du cinéma, dont l'auteur semble d'ailleurs se moquer à demi-mots avec cette parodie de Western jetée en pâture à ceux qui attendent du cinéma, avec des bons, des méchants et une belle histoire.
Mais refusant tout autant de s'enfermer dans le registre du documentaire, peu goûté par le public, et très cadré dans sa forme où sont par principe exclues la parodie, la prise de position, l'émotion, la symbolique... bref toute la rhétorique dont peut user le cinéma, il choisit l'entre-deux pour s'attaquer à son vrai sujet : la dénonciation de l'exploitation de l'Afrique par les puissances occidentales et sa condamnation dans un réquisitoire implacable contre le FMI, la banque mondiale et tous les afidés qui exploitent l'Afrique.
La plus grande partie du film est d'ailleurs occupée par la mise en scène d'un procès à priori fictif mais aux arguments bien réels contre le FMI. Ce qui encadre ces moments de procès sert surtout à évoquer sur un plan symbolique ce qui est dénoncé dans les plaidoiries des avocats des parties civiles et celle, hypocrite, de la défense (la parodie de western, elle encore, où des mercenaires, tels les dirigeants africains qui profitent du système, s'amusent à tirer sur la population, avant de se faire exécuter, où encore la maladie ou le désespoir qui rongent les habitants quand on discute de savoir qui est coupable, sont bien de ce ressort).
Le réquisitoire de l'avocat de la partie civile, joué par William Bourdon, un vrai avocat, comme le sont d'ailleurs les autres avocats (Aissata Tall Sall, Roland Rappaport...), mérite à lui seul le visionnage du film et montre combien Sissako a voulu mettre le cinéma au service du réel, et envelopper son réquisitoire impitoyable du masque de la fiction, pour le rendre plus digeste, notamment en occident.