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A Hard Day's Night
Frantz aime Odile, tout comme son pote Arthur mais c’est ce dernier, bien plus entreprenant et sûr de lui, qui fait les premiers pas. Les deux jeunes amis sont assez oisifs et lorsqu’Odile leur...
le 21 août 2014
Franz (Sami Frey) a rencontré Odile (Anna Karina) dans un cours d'anglais. Trois semaines plus tard (et c'est là que commence le film), Franz décide de présenter Odile à son copain Arthur (Claude Brasseur).
Bien évidemment, Franz n'est pas insensible au charme d'Odile, mais c'est surtout que la jeune fille lui a raconté qu'elle loge chez sa tante à Joinville-le-Pont (pon ! pon! Tous deux nous irons, ron ! ron!), dans une grande bicoque en bord de Seine, et que dans une chambre du premier étage, qu'elle loue (la tante) à un certain monsieur Stoltz, il y a un gros paquet de pognon dans une armoire.
Les deux garçons vivant comme dans une série noire américaine, décident de cambrioler la baraque.
En attendant, ils font des repérages. Et si Franz en pince toujours pour Odile, celle-ci est davantage attirée par Arthur.
Ce film a un charme fou.
Le charme des années 60. Le charme de Paris l'hiver. Le charme des œuvres de jeunesse. Le charme d'un réalisateur qui ne s'est pas encore sabordé professionnellement. Le charme d'un homme qui accepte encore d'être sentimental.
C'est le Godard que j'aime (même si "Les carabiniers" et "Made in U.S.A" ne m'ont laissé que des souvenirs d'ennui).
C'est le Jean-Luc d'avant 68, qui a encore de l'humour, qui a une énergie folle, qui tourne sans arrêt (quasiment), qui marche sur les mains, qui fume des Boyards, qui voit Truffaut, Rivette, qui défend Chabrol quand "La route de Corinthe" se fait éreinter par la critique, qui fonce au volant de son Alfa Romeo jusqu'en Italie pour passer quelques jours avec Rossellini ou Bertolucci.
Aparté :
Lisez les deux romans autobiographiques de Anne Wiazemski, sa seconde épouse : "Une année très studieuse" et "Un an après". Tout y est. Dans le premier tome : sa séduction, ses verres fumées, la reconnaissance de ses pairs, ses amis, son amour, ses emmerdes, et le Cinéma.
Puis dans le second (adapté en comédie, et on ne peut pas lui en vouloir tant c'est risible, par Michel Hazanavicius sous le titre : "Le redoutable") le tournage de "La chinoise", mai 68, l'annulation forcée du Festival de Cannes ("je vous parle solidarité avec les ouvriers et les étudiants, et vous répondez travelling et gros plans, vous êtes des cons !!!"), les manifs, les bousculades, les lunettes cassées, les discussions politiques avec Jean-Pierre Gorin, les projets avortés, le reniement de ses premiers films, son mépris pour ceux qui ne partagent pas ses idées, les éloignements, les prises de position à la Sorbonne où les étudiants lui demandent pourtant ce qu'il fout là, l'incompréhension de sa femme qui a l'impression de devoir aimer un autre homme que celui dont elle était tombée follement amoureuse, ce nouveau cinéma qu'il bâcle parce qu'il est Godard et qu'il estime que c'est suffisant d'être lui pour filmer les Stones enregistrant "Sympathy for the devil" (il y a une scène incroyable dans le livre où Anne Wiazemski raconte qu'ils ont d'abord rencontré Lennon et McCartney. Que Godard a dit à Lennon qu'il allait lui écrire un film où il jouerait Lénine. Que Lennon est devenu fou, qu'ils se sont insultés, tandis que McCartney a proposé à Anne Wiazemski de prendre une tasse de thé sous la table afin de laisser le conflit au-dessus de la table… So british, Paul).
Fin de l'aparté.
"Bande à part", c'est bien avant tout ça. Avant la chienlit dans la rue et les chambardements dans sa vie et son œuvre.
Et surtout avant que Godard soit le réalisateur de films chiantissimes auxquels on ne comprend rien du début à la fin, qu'on en arrive même à se demander où est le début et où est la fin.
En 1964, il y a encore une histoire qui commence, se poursuit, se finit. Tout en étant tout de même du Godard (la déstructuration, ça lui a toujours plu à Jean-Luc). Donc il y a son lot de faux raccords, de dialogues perdus dans le brouhaha, et d'ellipses du tonnerre de Dieu (la première étant de nous raconter ce qu'il s'est passé avant que le film ne démarre. Comme si on prenait une histoire en route. Ce qui est le cas).
Le film est à la fois drôle, pathétique, ambitieux avec peu de moyen (et c'est voulu), très nouvelle vague dans l'idée qu'on s'en fait, et un hommage à un genre que le réalisateur aimait aussi : les séries B de la série noire américaines.
Sami Frey et Claude Brasseur sont remarquables, plein de fougue et de jeunesse. Anna Karina désespéramment belle dans un film écrit pour elle, pour qu'elle puisse danser, courir, vivre alors que dans la vraie vie elle avait essayé de mourir.
On voit Paris au début des sixties, dans l'hiver et le froid, et c'est beau.
Une capture de la vie de l'époque, furtive, le temps que la décapotable que conduisent alternativement Frey ou Brasseur passe. L'image de Coutard est magnifique, noir et blanc hivernal, arbre mort sur la Seine figée.
Deux scènes sont devenues mythiques : le Madison dansé par les trois personnages dans un café de Vincennes. Et le musée du Louvre traversé en courant par ce même trio.
S'ajoute à ça une vraie bonne idée amusante : la minute de silence.
"Bande à part" est un film qui a été un bide total à sa sortie, mais qui est certainement un des films de Godard les plus appréciés, aujourd'hui.
Personnellement, vous l'aurez compris, j'adore le redécouvrir.
Ce n'est ni un chef-d'œuvre ni "A bout de souffle", c'est simplement un joli moment de cinéma comme Godard savait si bien en faire.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Claude Brasseur, Films vus ou revus en 2026 et Filmothèque B
Créée
le 23 mars 2026
Modifiée
le 23 mars 2026
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