Dès le générique, avec son kaléidoscope et sa bande-son, j'ai été noyé dans l'ambiance perverse de ce thriller.
Nick,un flic qui a sur le dos l'IGS pour avoir tiré par erreur sur un touriste, qui a perdu sa femme, se retrouve à enquêter sur le meurtre d'une ancienne rockstar tuée au pic à glace. Il fricote avec Catherine Trammer, romancière, avec un diplôme de pyschologue, qui avait écrit un livre décrivant précisément ce meurtre au pic à glace. Il devient peu à peu obsédé par la jeune femme, libérée, cocaïnomane et manipulatrice. Il se dispute avec son ex psy, Elisabeth Garner et son pote Gus, un gros pas très fin. Il finit par coucher avec la jeune femme, avec l'idée de la surprendre si elle tente de le tuer pendant l'acte d'amour. Elle-même joue avec lui, car elle est en train d'écrire un livre sur un flic amoureux d'une femme fatale, qui finit par le tuer. Catherine s'entoure d'anciennes meurtrières, prétendûment des sujets d'étude.
Mais un guet-apens fait que Nick voit mourir Gus, sans avoir pu trouver son assassin, et tire par erreur sur son ex, qu'il croit coupable. On perquisitionne chez lui et trouve une série de preuve qui l'incriminent comme un psychopathe compulsif obsédé par Catherine. Il rentre chez lui (avant d'être arrêté ?), tombe sur Catherine. Ils font l'amour. Après, elle demande ce qu'ils vont faire. Elle tend le bras sous le lit tandis qu'il répond, le dos tourné. On s'attend à ce qu'elle le poignarde, mais finalement ils font l'amour. Sous le lit, le pic à glace abandonné.
C'est un film dont une bonne première moitié est habitée par la douleur lancinante d'une virilité insatisfaite. Michael Douglas, instable, apparemment maître de lui, mais bouillant en profondeur, est parfait dans ce rôle. La scène de cul entre Nick et Elisabeth est violente et dérangeante, flirtant avec le viol. De manière générale, les scènes de sexe sont filmées de manière très physique. C'est une esthétisation qui donne l'impression de voir des sculptures bouger. La scène de sexe centrale, bizarrement, m'a semblée presque grotesque, avec les expressions animales de ses personnages. C'est plutôt l'atmosphère tout autour que j'ai appréciée. Verhoeven est très fort pour brosser au vitriol la société américaine puritaine et son pendant.
La bande-son de Jerry Goldsmith, compositeur que je n'apprécie guère, est ici parfaitement utilisée. La musique n'apparaît pas dans les scènes d'enquête, au fond secondaire tant le suspense est faible, mais elle scande les scènes psychologiques, avec brio, pour instiller une déchéance progressive.
L'image est aussi fort intéressante. Bien sûr, on retrouve le décor habituel de San Francisco (ces maisons dans les rues en pente, ces routes littorales encombrées de voitures), mais tout est fait pour que le film soit habité par cette atmosphère de lumière indirecte, tamisée, chaude et sombre en même temps, charnelle au fond. Bien qu'on puisse trouver beaucoup de plans en contre-exemple, c'est cette impression qui demeure en fermant le film.
Basic Instinct est à juste titre un classique de Verhoeven. Si l'histoire en est le point faible, au niveau réalisation, c'est un film marquant, dont on se souvient longtemps, une plongée moite et ensuée dans les tréfonds de la libido masculine.