Basic Instinct est un film culte, et probablement un film qu’on ne pourrait plus faire aujourd’hui. À la croisée de l’enquête policière, du thriller érotique et du test moral, il compose un objet cinématographique torride, moite, obsédant, où le désir et le danger avancent main dans la main.
La grande force du film tient à la science de la mise en scène de Paul Verhoeven, absolument fabuleuse. Rien n’y est gratuit. La célèbre scène de l’interrogatoire en est l’exemple parfait : elle fascine moins pour l’entrejambe de Sharon Stone que pour son renversement de pouvoir. Catherine Tramell est officiellement celle qu’on interroge, mais ce sont les policiers qui transpirent, hésitent, perdent pied. Tout passe par la mise en scène : une goutte de sueur, une tension dans les regards, des questions déplacées que Catherine retourne contre le personnage de Michael Douglas. Le désir devient une arme, et l’autorité vacille.
Ce qui subsiste surtout, c’est le mystère. Un mystère jamais dissipé, qui tient le spectateur en haleine jusqu’à la dernière seconde. Verhoeven ne cherche pas à rassurer, encore moins à expliquer. Il entretient le doute, joue avec notre propre morale, et nous laisse seuls face à nos contradictions.
Et puis il y a Sharon Stone. Au début des années 1990, c’était quelque chose. Une présence, une assurance, une intelligence du trouble qui font de Catherine Tramell bien plus qu’un fantasme : une figure de pouvoir, insaisissable jusqu’au bout.