J'ai revu ce film avec plaisir, ce n'est pas le plus réussi de Verhoeven, il permet pourtant de comprendre un peu mieux ce qui fait la spécificité de ce cinéaste, à savoir le corps, cette obsession qu'il a du corps, d'entraîner le corps de ses acteurs vers la danse, vers le grotesque, vers l'outrance. (En ce sens, Chéreau-cinéaste aurait pu prendre modèle sur Verhoeven.) C'est remarquable, parfois théâtral, c'est surtout le signe que Verhoeven sait entrer en intelligence avec ses acteurs, leur confiant, par la signature chorégraphique des plans, une large part de la réalisation de ses films. Bien sûr il y a l'interrogatoire célèbre où Sharon Stone ne porte pas de culotte, mais si on regarde bien ce qu'elle fait à ce moment là, si on observe le mouvement de ses épaules, cette manière de mêler virilité et féminité dans une même danse serpentine, on peut penser aussi à cette première scène où Jeroen Krabbé tremble jusqu'à sauter dans Le Quatrième Homme, ou bien aux soldats qui se conforment aux ordres et résistent tout à la fois dans Starship Troopers... Il y a une signature Verhoeven qui est claire. Pas étonnant qu'il soit allé faire Hollow Man : cette recherche sur le corps exalté conduit tout droit à sa disparition, à son invisibilité.