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le 20 mai 2013
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Après son Edward et ses mains d'argent, Tim Burton revient faire un tour dans l'univers qu'il avait mis en images avec le premier Batman, et le truc sympa, c'est que le Timothy enlève, cette fois,...
En 1989, Batman de Tim Burton est un immense succès critique et commercial. Le film révolutionne l'image du super-héros au cinéma en proposant une approche beaucoup plus sombre et gothique que les adaptations précédentes, tout en engrangeant des recettes colossales au box-office. Grâce à ce triomphe, Burton devient l'un des réalisateurs les plus en vue d'Hollywood. Pourtant, derrière ce succès se cache une réalité plus difficile : le tournage a été particulièrement éprouvant. Entre les contraintes du studio, la pression liée à une production gigantesque et les nombreux compromis artistiques, Burton ressort moralement épuisé. Plutôt que de se lancer immédiatement dans une suite, il souhaite revenir à un projet plus personnel et plus intime. De son côté, la Warner Bros., consciente de tenir une franchise extrêmement lucrative, veut absolument produire une suite le plus rapidement possible.
Depuis plusieurs années, Tim Burton nourrit un projet très personnel : raconter l'histoire d'un jeune homme artificiel doté de mains en forme de ciseaux. À travers ce personnage naïf, solitaire et profondément attachant, le réalisateur souhaite explorer des thèmes qui lui sont chers, comme la différence, l'exclusion, la difficulté à trouver sa place dans la société et la cruauté dissimulée derrière l'apparente normalité des banlieues américaines. Edward est incapable de toucher les autres sans les blesser et détruit involontairement ce qu'il cherche à protéger, faisant de lui une figure profondément tragique. La Warner, davantage intéressée par le deuxième Batman, ne croit pas au potentiel de ce conte mélancolique et refuse de financer le projet. Burton décide alors de quitter temporairement le studio et trouve le soutien de la 20th Century FOX, qui accepte de produire le film.
En 1990, Edward Scissorhands de Tim Burton sort dans les salles et rencontre un important succès, aussi bien auprès des critiques que du public. Le film est salué pour son univers visuel unique, sa poésie, son émotion et la sensibilité de sa mise en scène. Face à cette nouvelle réussite, la Warner réalise qu'elle a laissé échapper un projet devenu emblématique de la filmographie du réalisateur. Désireux de récupérer Burton pour poursuivre la franchise Batman, le studio revient à la charge. Cette fois, conscient du prestige dont bénéficie désormais le cinéaste, il lui accorde une liberté artistique totale, lui promettant de réaliser la suite selon sa propre vision.
Daniel Waters, scénariste connu pour son ton satirique et irrévérencieux, s’est occupé du scénario pour la Warner. Son script comporte plusieurs éléments destinés à préparer l'avenir de la franchise, notamment l'introduction de personnages emblématiques comme Robin ou Harvey Dent. Mais avec la liberté créative obtenue, Tim Burton décide de remodeler profondément le projet afin qu'il corresponde davantage à son univers. Il écarte ces personnages pour concentrer le récit sur trois figures centrales : le Pingouin, Catwoman et Max Schreck, un homme d'affaires corrompu créé spécialement pour le film. Burton transforme ainsi cette suite en un véritable conte gothique où les monstres, les marginaux et les exclus occupent le devant de la scène, reléguant Batman presque au second plan.
En 1992, Batman Returns sort au cinéma et connaît un solide succès commercial, mais il divise profondément le public. Là où le premier film conservait encore une dimension de blockbuster familial, cette suite pousse beaucoup plus loin l'esthétique gothique et les obsessions de Tim Burton.
Et c'est précisément ce qui fait toute la force du film, il pousse absolument toutes les obsessions de Tim Burton à leur paroxysme. Son esthétique gothique est encore plus marquée que dans le premier film, avec une ville de Gotham qui ressemble davantage à un cauchemar expressionniste qu'à une métropole américaine. Mais ce n'est pas seulement dans sa direction artistique que Burton se lâche : les thèmes qui traversent toute sa filmographie sont omniprésents. La différence, le rejet, la solitude, les marginaux, les monstres, l'identité ou encore la dualité sont au cœur de chaque scène. À mes yeux, cette suite représente le sommet de la carrière de Tim Burton. C'est sans doute le film où il ne fait aucun compromis et où il utilise pleinement les moyens considérables d'une grosse production hollywoodienne pour réaliser une œuvre profondément personnelle.
Ce qui est également fascinant, c'est que le film abandonne presque son héros éponyme. Batman est bien présent, mais il n'est plus véritablement le centre du récit. Burton préfère consacrer son temps aux personnages qu'il trouve les plus intéressants : les monstres. Le Pingouin, Catwoman et Max Schreck occupent la majeure partie du film, chacun bénéficiant d'un véritable développement psychologique. Le récit prend le temps d'explorer leurs blessures, leurs motivations et les événements qui les ont transformés. C'est d'ailleurs ce qui m'a toujours attiré dans l'univers de Batman : ses antagonistes. Bien souvent, ils sont plus complexes, plus tragiques et plus passionnants que Batman lui-même. Burton l'a parfaitement compris et fait de ses vilains les véritables protagonistes de son histoire.
Les antagonistes sont avant tout des monstres, mais chacun représente une manière différente de vivre cette monstruosité. Tout le film tourne autour d'une même interrogation : lequel de ces personnages est encore capable de retrouver une part d'humanité ? Batman lui-même est un monstre, un homme déguisé en chauve-souris qui vit en marge de la société, mais il a choisi de mettre cette monstruosité au service du bien. Les autres personnages suivent des trajectoires différentes. Max Schreck, qui paraît être le plus normal puisqu'il est un riche industriel parfaitement intégré à la société, est en réalité le véritable monstre moral du film. Derrière son apparence respectable se cache un homme totalement corrompu, manipulateur et prêt à sacrifier n'importe qui pour préserver son pouvoir. À l'inverse, le Pingouin, dont l'apparence est la plus repoussante, cherche désespérément à être accepté par les autres. Pendant une partie du film, il tente sincèrement de retrouver une place parmi les hommes, mais son rejet permanent finit par le replonger dans la haine et la violence. Catwoman, quant à elle, oscille constamment entre vengeance et rédemption. Elle pourrait revenir du bon côté, mais sa colère est trop profonde pour qu'elle puisse véritablement abandonner son désir de revanche. Burton montre ainsi que certains monstres peuvent choisir de faire le bien, tandis que d'autres restent prisonniers de leurs blessures. Et parfois, il existe effectivement des causes perdues.
Danny DeVito, Michelle Pfeiffer et Christopher Walken donnent vie à ces personnages monstrueux. Tim Burton réunit un casting exceptionnel. DeVito livre une interprétation mémorable du Pingouin en assumant pleinement son côté grotesque, sale et animal, tout en laissant transparaître une immense tristesse derrière cette monstruosité. Pfeiffer incarne une Catwoman devenue totalement iconique. Sensuelle, sexy, fragile, inquiétante et imprévisible, elle compose un personnage complexe qui oscille sans cesse entre victime et prédatrice. Enfin, Walken prête son charisme unique à Max Schreck, qu'il transforme en un homme d'affaires cynique, manipulateur et absolument détestable. Là où les deux autres antagonistes inspirent parfois la compassion, Schreck reste jusqu'au bout une ordure sans le moindre remords.
Le nom de Max Schreck n'est évidemment pas choisi au hasard. Il rend directement hommage à l'acteur allemand Max Schreck, célèbre pour avoir incarné le comte Orlock de Friedrich Wilhelm Murnau. Mais cette référence n'est que la partie visible d'un hommage beaucoup plus vaste. Le film tout entier est imprégné du cinéma expressionniste allemand. Les décors gigantesques, les perspectives déformées, les ombres omniprésentes et l'architecture irréaliste rappellent directement les films de Murnau ou de Robert Wiene. Même le costume du Pingouin, avec sa silhouette déformée et son allure grotesque, semble sortir tout droit de cette période du cinéma. Burton ne cherche jamais à cacher ses influences ; au contraire, il les revendique pleinement et les adapte à un blockbuster hollywoodien. C'est probablement cette fusion entre le cinéma fantastique classique et le film de super-héros moderne qui fait que j'aime autant ce film.
Michael Keaton continue d'incarner Batman et Bruce Wayne avec une justesse remarquable même si il est davantage en retrait. Son interprétation repose toujours sur une grande économie de dialogues, laissant parler son regard, ses silences et son attitude. Burton insiste une nouvelle fois sur le fait que Batman est lui aussi un monstre. Il est un homme qui s'est transformé en créature nocturne pour combattre le crime. Pourtant, contrairement aux autres personnages du film, il a réussi à canaliser ses traumatismes pour les mettre au service des autres. C'est sans doute ce qui fait toute la différence entre lui et ses adversaires.
Danny Elfman signe une nouvelle fois une partition magistrale. Il reprend les thèmes iconiques du premier film, devenus immédiatement reconnaissables, tout en développant de nouveaux motifs musicaux pour accompagner les nouveaux personnages. Le thème du Pingouin possède une dimension tragique, tandis que celui de Catwoman mêle mystère, sensualité et mélancolie. Comme toujours chez Elfman, la musique participe pleinement à la narration et renforce l'ambiance gothique du film. Impossible d'imaginer cette franchise sans cette bande originale, qui reste encore aujourd'hui l'une des plus marquantes du cinéma de super-héros.
Au final, le film représente sans doute la synthèse parfaite de tout ce qui définit le cinéma de Tim Burton. Il bénéficie d'une liberté artistique quasiment totale, d'un budget conséquent et d'un studio qui, cette fois, le laisse exprimer pleinement sa vision. On y retrouve son amour du gothique, son admiration pour le cinéma expressionniste allemand, son goût pour les personnages marginaux, ainsi que son obsession pour les monstres, qu'ils soient physiquement difformes ou moralement corrompus. Chez Burton, les monstres sont toujours profondément humains, tandis que les êtres les plus respectables sont souvent les véritables monstres. C'est cette inversion des apparences qui rend le film aussi fascinant et qui en fait, à mes yeux, son chef-d'œuvre absolu.
Batman Returns n'est probablement pas le film de Batman que le grand public attendait, et c'est précisément pour cette raison qu'il demeure aussi unique. Plus qu'un simple film de super-héros, c'est un conte gothique, une tragédie romantique et un hommage au cinéma fantastique des origines. Tim Burton s'empare d'une licence populaire pour raconter une histoire profondément personnelle, peuplée de personnages brisés qui cherchent désespérément leur place dans un monde qui les rejette. Là où beaucoup de films de super-héros cherchent avant tout à plaire au plus grand nombre, Batman Returns assume pleinement son identité. C'est sans doute ce qui explique pourquoi il reste, selon moi, le plus grand film de Tim Burton.
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Créée
le 3 juil. 2026
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