<i>Légers spoilers.</i>
Durant un moment, on se pince pour comprendre comment un film si grossier dans ses effets (cette musique, mon dieu…) a pu déchaîner une telle passion critique à sa sortie. Rien que la manière dont Khoo filme son personnage obèse manger mériterait des baffes... Le point fort du film, c’est sa mise en scène du réseau. Les échanges de textos plein écran, en soi, n’ont certes rien de révolutionnaires (quoiqu’on comprenne que ça ait suffit à faire perdre les eaux aux Cahiers, qui à l’époque théorisaient à plein sur la question) ; la manière dont ces messages se mélangent aux historiettes et récits de Singapour, par contre, dessine quelque chose de plus singulier. Plus le récit se fait kaléidoscopique, et plus la grossièreté caricaturale de ses segments isolés, n’existant alors plus seulement pour eux-mêmes, peut se vivre sous l'angle d'une naïveté un peu ronde, une approche volontairement simple, un peu conceptuelle (la romance des deux adolescentes à ses premiers jours, par exemple, est filmée de manière si générique, à la limite de l'ironie, qu’elle ne peut être reçue que comme un élément dialectique). L’histoire de la professeure sourde-aveugle fait ensuite une telle trouée dans le récit (trouée de documentaire dans la fiction, de textes écrits dans l’oralité...) qu’elle en catalyse le chaos et relie tous les points, permettant définitivement au film de retomber sur ses pattes. Reste, devant un accueil si dithyrambique, qu’on a tout de même l’impression que <i>Be With me</i> a seulement gagné ses gallons critiques parce qu’il a été le premier à filmer les amours au temps du numérique.
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