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Il y a de ces arlésiennes auxquelles on ne s'attache pas, et ce Beetlejuice 2 en faisait partie. Avec presque 40 ans d'attente pour une suite, on a vite fait de voir des civilisations naître et disparaître plus rapidement que ça.


Une suite que personne n'aurait attendu, pas même son créateur, pour qui ça ne serait qu'une tentative désespérée de plus de surfer sur quelque chose de révolu. Quelle drôle d'idée quand on y pense tout de même. Sommes-nous devenus ces êtres cyniques à ce point capables de rien si ce n'est compiler les preuves d'une éternelle supercherie qui ne vise qu'à exploiter nos souvenirs et nos tendresses ? Une infamie pestilentielle que l'on se doit de débusquer tel le malin, et nous le faisons bien parce qu'à nous, on ne la fait pas. Les artifices, ça nous connaît.


Et puis finalement... Qui suis-je pour juger de tout ça ? En étant un type né bien après la sortie du premier que ça n'a pas empêché de beaucoup apprécier, c'est dur de ne pas voir cette espèce de relativité entre mon attachement à ce film et le temps lui-même, pas seulement celui qui s'était écoulé avant que je ne le vois, mais celui qui s'est écoulé depuis, et de tenter de prendre un énorme recul sur sa qualité intrinsèque, sa valeur sentimentale, et ce qu'une suite fabriquée avec de telles circonstances peut bien apporter dans ce vaste sujet qu'est l'héritage de la pop culture.


Ce que j'essaie de dire avec un peu trop de volutes de fumées dans la pièce, c'est que j'ai rarement démarré une séance avec autant de volonté d'optimisme et de bienveillance pour une proposition de suite depuis un bon moment. De ceux que l'on a pour un vieil ami que l'on prend plaisir à retrouver après de très longues années. On sait que le temps nous a séparés, on connaît les limites qui nous ont conduites à vivre des chemins séparés, mais c'est toujours un sympathique nouveau moment à partager.


Beetlejuice 2 est, contre toute attente pour moi, un peu comme ce vieil ami.


Les limites, elles sont là, et d'une manière assez fascinante, elles sont identiques à celles de 1988.

Un projet qui semble impulsé par le même esprit de briques et de broc, un fourre-tout d'idées chaotiques limitées par des contraintes budgétaires, dans le seul but de proposer une oeuvre qui se compare plus à un train fantôme comme le 1er, avec ce qu'il faut de toc sans que ça paraisse dénaturé. Tout ne colle pas mais alors... absolument pas, mais j'ai également apprécié pas mal de choses et de manière générale, j'ai souri et ri tout au long du film.


Avant-tout, que l'on soit bien clair : le premier était totalement décousu et n'était qu'un prétexte pour enchaîner des gags mêlant humour noir, esprit cartoonesque et un soupçon de macabre. Ça ne l'a pas empêché d'être fun et très attachant grâce à ses personnages tout aussi attachants à l'aide d'une écriture pas si minable que ça. On combine ça avec le contexte d'une Burtonmania pour le démarrage, et les années formatrices de l'enfance qu'importe l'époque et boum, il a eu la formidable chance de vivre dans le temps et de devenir un petit film culte. Un passage à la postérité qui sera très certainement prolongé à l'aide de ce Beetlejuice Beetlejuice qui est, comme je l'avais supposé/espéré quelques mois avant sa sortie, un sympathique concentré de la bulle Burtonesque d'aujourd'hui, car sous son meilleur jour.


C'est totalement décousu, il y a des personnages survolés, ça s'essouffle par moments et tous les gags ne sont pas drôles, mais beaucoup le sont, Keaton est un petit régal, le casting semble s'être éclaté et moi avec eux, l'univers n'est pas choquant à retrouver malgré le swap technique qui donne souvent des airs de """Netflix""", et avec lui on retrouve toute cette pagaille macabre et loufoque du premier. Bien qu'il y en ait pléthore de redites ou d'échos, ça m'a rarement paru malintentionné. Il y a tout de même quelques touches de mielleux un peu grasses notamment la fin, mais les dernière secondes sont là pour nous rappeler qu'en fait il n'y pas vraiment raison de trop prendre ça au sérieux. C'était rigolo.


Prenez ce film pour ce qu'il est comme l'avait été le premier. Si celui-ci n'a jamais été cimenté dans votre mémoire grâce à la nostalgie, alors c'est votre part de rationnel qui interviendra, de la même façon qu'elle a dû intervenir pour découvrir le premier. Si celui-ci vous a tout de même plu, alors cette suite le devrait aussi. Pour les nostalgiques qui n'ont pas embarqué dans le train, je suis désolé que le cynisme vous ait emporté si loin, mais il n'est peut-être pas trop tard. Keep it real.

Chernobill
7
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le 10 oct. 2024

Critique lue 32 fois

Chernobill

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