Bellflower par legoutdelautre
Je crois que les présentations SensCritique ne rendent jamais justice aux films qu'elles résument. Mea Culpa, je ne saurais pas vraiment moi non plus vous expliquer bien ce que j'ai vu.
Mais je ne voudrais pas qu'on pense tomber dans l'histoire d'amour roucoulante, ce film parle de gens paumés pour des gens paumés, c'est trop souvent comme ça qu'ils me plaisent.
Te voilà deux gars potes comme on en fait plus. Ou du moins comme je ne les vois que chez les mecs. Ils s'aiment à grands renforts de 'dude' et de tcheks de l'amitié. Ils ont le cerveau en tranches et ils s'en servent pour construire un lance-flamme, pour fantasmer sur les images post-fin-du-monde d'un Mad Max grandeur nature. Charmante histoire à laquelle se joint une blonde avaleuse de grillons qui construit une histoire d'amour avec le protagoniste, si tant est que l'Amour veut dire se détruire. Filon qui mènera à une apocalypse à petite échelle qu'on suppose peut-être seulement fantasmée.
Voilà, ça a plus de gueule.
Sorti l'été dernier en Amérique, il aura mis son temps avant d'arriver en France, il ne faudrait pas qu'on n'aie que la vision Blockbuster du cinéma américain. Usa n'est pas toujours Hollywood.
Le film est une caricature de film indépendant, mot qui à force de s'associer à tout deviendrait presque péjoratif. Sentez-vous prêts à bouffer du paysage désertique encadrant des gens atrocements couls et décontractés engagé dans un léger road-trip et accompagnés d'accords de guitare acoustique en très probable gamme mineure. La recette de l'indé américain devient si répétée ces derniers temps qu'ils en faut beaucoup pour qu'un film se détache du lot. Et je crois que Bell Flower s'en sort en prenant les termes au sens premier, au sens quitte-à-ne-pas-avoir-de-budget-autant-n'accepter-les-ordres-de-personne.
Bricoleur tout autant que son personnage Evan Glodell, qui attaque son premier film en tant que réalisateur, acteur, monteur, scénariste et producteur, s'est agité pour fabriquer lui-même sa caméra. Le plus gros du budget du film est de fait passé dans la construction de la Mother Médusa, voiture de rêve cracheuse de feu. (Et selon quelques chroniqueurs de SensCritique, dans l'achat des clopes.)
L'image est usée, très belle, mais tâchée, jaunie, salement floutée quelques fois. Des airs de films maison bien souvent. Filmé à l'épaule. Fragile au final, vulnérable. Je dirais même plus (cassdédi duponddupont), servant le propos.
Récit de déchéances et d'errance à l'odeur très vingt-et-unième siècle.
Bell flower parle avec une certaine justesse de ces grands gars incapables de grandir, de l'amour qui ne vaudra peut-être jamais autant le coup que l'amitié, de la chaleur sur la peau. Il s'offre aussi le luxe d'une vengeance escalier d'une rare violence.
Et puis cette scène.
Aux alentours de la fin, on, vous, moi et les autres spectateurs, croise une séquence qui vaut à mes yeux le reste de la pellicule. Aiden, glissant des mots de potes dans l'oreille de Woodrow, décrivant le majestueux Lord Humongus.
'Can you imagine two sweet-ass dudes like us in that car travelling through the desert across america [...] dude you are Lord Humongus, you are fucking Lord Humongus [...] the Master of Fire, the King of the Wasteland.'
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