C’est un road-movie avorté. Le départ, le décollage tant souhaité par ces deux amis un peu paumés Woodrow et Aiden, reste au stade du fantasme, coincé dans un imaginaire cinéphilique.
D’une certaine manière, le film se déroule comme Le Macadam à deux voies d’Hellman s’achevait, en se consumant. Mais le film d’Hellman stoppait la trajectoire de ses héros en pleine action, les envoyant dans un mur fictif, un avenir impossible. Ici la pellicule, tout comme le destin de Woodrow se consume lentement. Ils vénéraient Mad Max et veulent construire une voiture lance-flamme dans le but de régner sur le No man’s land, si l’apocalypse venait à débarquer du jour au lendemain.
Si flamme il y a, la projection la plus douloureuse, la plus brulante, n’est pas celle qui sort de la voiture. Elle est plus à chercher du côté des sentiments, Woodrow déclare sa flamme à une fille rencontrée un soir dans un bar. C’est le grand amour, celui qui réchauffe le cœur avant de le cramer, de le réduire en cendre. Le jeune réalisateur est peut être maladroit par moments, souvent, son film n’en est pas moins vibrant, aussi incarné dans son fond que publicitaire et futile dans sa forme. Et si le résultat apparaît boursouflé, maniériste et un peu poseur, il y a là-dedans une énergie, un esprit punk alliant le romantisme exacerbé (voir sirupeux) à un anarchisme poussé qui donne quelque chose de plutôt intéressant. Il joue habilement de son imagerie MTVienne, qui se désagrège à petit feu, laissant apparaitre sous cette couche pâteuse et informe, des sentiments plus sincères, des désillusions amoureuses et une vraie amitié. L’Apocalypse a bien lieu, mais elle est beaucoup plus intime que prévue.