You’re crazy. – Does it look cool ?
Il serait assez facile de faire un bonne critique de Bellflower.
Le film nous propulse au sein d’une jeunesse qui boit et tente de créer à son morne quotidien des pics à coups de défis stupides et conduites ordaliques : manger des crickets, finir cul sec le pichet de bière, etc. Une amitié sincère, la découverte de l’amour, et, en leur centre, l’impossibilité de réellement communiquer. Les phrases, à grand renfort de superlatifs insipides (that is the most … I ever heard/done/said in my entire life, awsome et fuck, la sainte trinité des dialogues) sont inachevées, entrecoupées de rires, de gorgées ou de taffes. L’importance, c’est le cool, la pose, la recherche d’une justification de l’attitude décalée. On construit donc un lance-flamme et une voiture pour être prêts à affronter le post apocalyptique de Mad Max.
Dans les premiers jours d’une idylle avec la mangeuse de crickets, tout semble californien et gentiment brisé. La chanson qui accompagne ce sommaire énonce joliment le programme lorsqu’elle murmure dans un folk un peu déglingué : We find truth in all of our losses and we build from we cannot possibly bear to see.
Seulement voilà. La frontière entre les personnages et les créateurs est ténue. Le réalisateur/scénariste/monteur/personnage principal fait d’une certaine manière ce qu’on pensait qu’il dénonçait avec tendresse : de la pose. Les filtres, la caméra à l’épaule qui tremble à outrance, la mise au point convexe, le cambouis qui salit l’écran… Et un récit qui retrouve très vite les rails qu’il prétendait délaisser : ça reste une romance. Avec du fioul, du propane et du sang, certes, mais une romance tout de même.
Tout fier de son label « film fauché et déjanté », le créateur perd tout bon sens en voulant de plus en plus épaissir la sauce, jusqu’à l’impardonnable final en aiguillage uchronique, pseudo audace qui cache surtout mal l’incapacité à choisir une esthétique et un cadre. Entre tragique grand guignol et grotesque et tentative essoufflée de revenir au statisme du début, plus rien ne fonctionne vraiment et la machine est grippée.
Bellflower pourrait être un bon film, si l’on ressemblait plus à ses personnages. Il faudrait être plus jeune, plus impressionnable, et surtout, beaucoup plus naïf pour se laisser emporter.